CHAPITRE PREMIER
En dépit de leur patriotisme aisément susceptible, les Français n'en ont pas moins confié plus d'une fois, au cours de leur histoire, la direction de l'Etat à des mains étrangères. Lç premier rôle sous ce rapport appartient aux Italiens : àConcini sous Louis XIII, au cardinal Mazarin sous le successeur de ce roi. Mazarin, tout en conservant ses qualités nationales propres, a énormément contribué, personne ne l'ignore, à l'éclat et à la puissance de la monarchie française. L'Anglais Berwick conduisit les armées de Louis XIV ; l'Ecossais Law administra les finances du Régent. La Révolution accepta le concours de l'Anglais Thomas Payne, du Suisse Marat, du Prussien Anacharsis Glootz, du prince allemand de Hesse- Rheinfels, du Corse Bonaparte. Le Souabe Stofflet combattit pour la Vendée, Luckner, né dans le Ilaut- Palatinat, pour Louis XVI. Ce sont les Allemands
qui ont le moins bien conservera l'étranger, leur caractère national. La preuve en est fournie par le maréchal Maurice de Saxe comme par l'écrivain drimm, qu'on a loué d'être devenu Français jusqu'à la perfection.
On ne peut en dire autant de son contemporain et ami le Genevois Jacques Necker. Dans un moment d'extrême péril pour la France il se chargea, on le sait, d'administrer les finances de ce pays, et dix ans plus tard, à la veille de la plus formidable tempête qui se fut jusque-là déchaînée sur une nation européenne, il entreprit de préserver celle-ci d'une ruine totale.
Par ses qualit»''S aussi bien que par ses dc'^fauts, qui expliquent les raisons de son double échec, Necker. révèle surabondamment son origine allemande ; il n'en était éloigné que d'une génératian et ne parvint jamais à en effacer complètement en lui la trace. Or, la France a de tout temps subi l'influence de certains défauts de caractère bien plus que celle des qualités opposées. C'est donc un fait de première importance que, à la veille de la crise de 1789, roi et premier ministre n'aient rien eu de mieux à off^rir que les vertus bourgeoises dont la possession fait estimer heureux les peuples qui n'ont point d'histoire.
La famille Necker était originaire d'Irlande ; c'est dire par cela seul qu'elle se targuait d'être noble, sinon royale, conformément à la prétention de tout vrai Celte irlandais, qu'abuse si facilement son imagination.
On perd sa trace en Irlande, sous la reine Marie,