CHAPITRE PREMIER
pour la voir reparaître en Poméranie, où quelquesuns de ses membres occupaient des fonctions dans l'Eglise protestante. Martin Necker, fils d'un prédicateur de la paroisse de Wartenberg, non loin de Pyritz, fut avocat à Küstrin. Son fils, Charles-Frédéric, né en 1685, abandonna bientôt celte profession pour accompagner à l'Université de Genève, puis dans diltérentes capitales de l'Europe, lejeune comte Bernstorlf, fdleul du roi Georges l". Vers 1724, il arriva à Londres avec son élève. Le roi lui constitua une somme annuelle de cent livres sterling, sous la condition expresse qu'il fonderait à Genève une maison d'éducation à l'usage déjeunes anglais. Bientôt le Grand Conseil le nomma professeur de droit à l'Université, sans traitement. Il épousa deux ans après W^^ Gautier, sœur du secrétaire d'Etat et membre du Grand Conseil de ce nom, d'une famille de réfugiés dont l'arbre généalogique remontait jusqu'au célèbre financier Jacques Cœur. La même année il obtint le droit de bourgeoisie, « sans frais, à cause de ses services », suivant les termes du décret, et fut élu successivement membre du Grand Conseil et du Consistoire réformé ; plus tard, en 1742, il publia un Traité du droit politiqiie du Saint Empire romain. Quoique l'auteur eût eu soin de faire remarquer que cet écrit « ne contenait rien qui pût être désagréable aux princes » , le Grand Conseil n'en crut pas moins devoir, par égard pour les Etats monarchiques voisins, décliner la dédicace de ce travail ; mais il exprima en même temps à Necker sa bienveillance toute particulière. Le succès de son pensionnat lui
permit d'acquérir une campagne à laquelle il donna, par attachement pour son ancienne patrie, le nom de « Germanie ». Il semble d'ailleurs avoir pris fort à cœur la prospérité de sa patrie d'adoption. En 1762, il y eut dans l'église Saint-Pierre une élection qui provoqua de violents désordres ; Necker s'efforçait de ramener le calme dans les esprits, quand tout à coup il tomba mort \ Il était âgé de soixante-dix sept ans.
Il laissait deux fils, Louis et Jacques.
L*aîné, Louis, venu au monde en 1730, docteur en droit, suivit d'abord la carrière de son père. Il accompagna à l'Université de Turin le jeune prince de Nassau-Weilbourg, puis un comte de Lippe-Detmold ; il fut ensuite précepteur du baron de Wassenaer, d'une vieille famille néerlandaise, et fréquenta avec lui l'Université d'Utrecht. Nommé professeur de physique à l'Université de Genève, il fit quelques tra.YBXix 'pour le Dictioîinaire encyclopédique et reprit la direction du pensionnat de son père ; mais sa femme étant morte, il dut quitter Genève à la suite d'un procès. Il renonça à sa chaire, se rendit à Marseille, ajouta à son nom le qualificatif« de Germanie» , et fonda dans cette villC;, avec son frère, une maison de banque ; il quittait les affaires, quelques années après, à la tête d'une fortune de deux millions, et venait s'établir à Paris. Il y devint Tami de Benjamin Franklin, dont il partageait le goût pour les sciences
^ Senebier, Histoire littéraire de Genève, 1786, III, 90. — Galiffe, Notices généalogiques sur les familles genevoises, II et IV. — * D'' Hermann, Notes pour servir à l'histoire de la famille Necker, Berlin, 1886.