CHAPITRE PREMIER gS
que celui d'avoir été la correspondante de Voltaire, l'amie de BufTon et la muse de Thomas, c'est d'avoir encouragé les œuvres de bienfaisance ; après sa mort, Necker eut la consolation de pouvoir signaler diverses entreprises de ce genre, les unes en pleine activité, les autres déjà fort avancées, auxquelles sa femme s'était attachée avec un véritable dévouement. Telles étaient les réformes accomplies avec lui pour l'amélioration du sort des prisonniers ; c'est iVl""^ Necker qui, la première, fit appel dans ce but aux sœurs de charité. On connaissait si bien son zèle en cette matière, que Lavoisier, compo^nt plus tard, par ordre de l'Académie des sciences, un projet de réforme sur ce point, ne trouva pas de nom plus digne que le sien à inscrire en ttte de son travail. La situation des enfants-trouvés et les soins à leur donner l'occupèrent longuement ; mais son nom s'attache avant tout à Tamélioration du traitement des malades dans les hôpitaux. Au moment où, pour la première fois, elle mit le pied dans la capitale, dans cette ville détentes les jouissances et de tous h s raffinements, on n'assignait pas encore aux malades, dans les hôpitaux, des Uts séparés ; au fur et à mesure qu'ils arrivaient, on plaçait au hasard celui qui était en danger avec leconvalescent,la personne prise d'une légère indisposition avec un mourant, celle qui était atteinte d'une affection contagieuse avec telle autre dont le mal était passager ; les scènes les plus épouvantables et les accidents mortels se déroulaient jour pour jour dans ces tristes refuges de la misère humaine, où, sous les yeux des médecins et des infirmiers, des malheu-
reux succombaient d'une façon dont, par bonheur, nous ne pouvons plus nous faire aujourd'hui aucune idée. W"^ Necker, attentive depuis des années à cet état de choses et dont la jeunesse s'était passée au contact des célèbres médecins et philanthropes Tronchin et Tissot, réussit à obtenir de Louis XVI, sous le premier ministère Necker, les fonds nécessaires à la construction d'un petit hôpital, qu'elle soutint généreusement et qui porte encore son nom. Il ne pouvait contenir que cent vingt lits. Par suite d'un arrangement conclu avec les sœurs de charité, douze d'entre elles s'engagèrent à prêter,sous la direction du curé de Saint-Sulpice, leur aide aux malades. M"^^ Necker elle-même dirigea l'hôpital pendant dix années, à partir de 1778; cette fondation devait fournir la preuve qu'on pouvait très bien soigner les maladesdans des lits séparés, sans excéder pour cela un budget déterminé. M°^ Necker sut si bien associer la pitié pour son prochain à une sage économie, qu'elle atteignit son but et que son innovation trouva partout des imitateurs. L'archevêque de Paris Christophe de Beaumont, celui-là même qui vivait sur un pied de guerre perpétuel avec les jansénistes et les philosophes, s'entendit si bien avec M"^ Necker sur ce terrain pacifique de la charité, qu'il l'invita avec son mari à dîner dans son palais, ce qui donna lieu à une épi gramme finissant ainsi :
Mais, en ce jour, d'une indulgence telle Quel serait donc le motif important ?
C'est que Necker — le fait est très constant — N'est janséniste : il n'est que protestant.