‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 6 sur 298 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

naturelles ; il y épousa ensuite une demoiselle d'IIauteville. Ce second mariage resta sans enfants. Un fils du premier lit entra dans l'armée française, une fille se maria à Genève. C'est là que Louis Necker termina sa carrière en 1804, la même année que son frère ^

Une destinée bien différente, soumise à toutes les vicissitudes de la grandeur humaine et aux désillusions qui en sont inséparables, attendait ce second fils de Charles-Frédéric. Il était né le 30 septembre 1732 et portait le nom de Jacques. Il passa à Genève ses années d'enfance, que ne distingue rien de particulier ; on en a pourtant retenu un trait caractéristique, qui nous est rapporté par son futur ami Charles- Victor de Bonstetten. Dans ses jeux avec ses camarades, il prenait toujours soin d'organiser en petit les Etats qu'il connaissait par ses lectures, de façon à esquisser à leur usage des projets de lois ^ Du reste, tous les Suisses, en ce temps-là, s'occupaient de politique, et les cantons formaient de vrais tableaux en miniature des différentes formes gouvernementales. Gela a lieu d'étonner, quand on songe à l'apathie générale qui régnait sous ce rapport en Allemagne. Un seul fait permettra d'en juger. De 1722 à 1726, Gottsched et sa femme n'échangèrent pas moins de 4.700 lettres avec une moitié de l'univers ;

* * La famille Necker, par E.-r ; * Jacques Necker^ par A. W. Schlegel : deux essais publiés dans * Les Contemporains, 1816-17 et 1818-19.

* * Bonstetten, Lettres à Friderike Brun, publiées par Matthisson, I, 205.

le^ MADAME DE STAËL ET SON TEMPS

or, on n'y trouve en fait de politique que quelques allusions tout à fait accidentelles ^ Cet intérêt des Suisses pour les affaires publiques n'empêche pas que la seconde partie du dix-huitième siècle ait été pour leur pays une époque de décadence. Une quantité de petits Etats, depuis la monarchie des principautés ecclésiastiques jusqu'à la démocratie absolue des petits cantons montagneux, se partageaient le pays ; mais l'aristocratie en resta cependant la forme politique dominante. C'est ainsi, par exemple, que les paysans démocratiques des petits cantons euxmêmes ne dédaignaient pas de posséder des sujets.

A côté des treize cantons il y avait trois Etats plus petits qui^ sous le nom de « pays alliés », se faisaient représenter à la diète. C'est la république de Genève qui possédait le développement industriel le plus florissant, tandis que les familles aristocratiques de Berne, Lucerne, Fribourg, Solothurn, étaient déjà en décadence. En 1760, à l'occasion du jubilé de l'Université de Baie, les Suisses se créèrent un centre intellectuel par la fondation de la « Société helvétique » . Celle-ci eut à sa tête ïselin avec les trois Zurichois Gessner, Hirzel et Schinz ; plus tardBodmer, Lavater, Pestalozzi et Bonstetten en firent partie. Leur but était de développer ramour.de h patrie, la vertu civique et le bien-être public ; quand les temps devinrent orageux, la politique vint se greffer sur le tout. Genève reprit une position particulière,

* * Danzel, Gottsched et son temps, 279.

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