‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 50 sur 298 · CHAPITRE DEUXIEME lOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME lOI

Colbert, un u éloge » à la mode du jour, qu'il présenta au concours de l'Académie et qui obtint le prix. Ce travail avait de l'importance en ce sens qu'il était ce qu'on nomme actuellement un discours-ministre ; seulement, au lieu de s'adresser ä une Chambre, il s'adressait au public. H n'examinait pas seulement les actes et les mérites de Golbert, il traçait en même temps le tableau de l'activité et des qualités requises chez un homme d'Etat. Ce discours place ainsi au début d'une carrière politique l'idéal qu'esquissait Talleyrand à la un de la sienne, quand, peu de temps avant sa mort, il exposait, devant l'Académie des sciences morales et politiques, l'éloge d'un collègue, ses idées sur le caractère qui convient à un ministre des affaires étrangères'. Necker revenait, dans cet éloge de Colbert sur ses dissidences avec les économistes, en relevant le défaut capital du système de Quesnay et de l'école physiocratique, son dédain du commerce et de l'industrie au profit de l'agriculture, regardée par eux comme l'unique source du bienêtre, et en réclamant que, dans la grosse question du moment, la liberté du commerce des grains, on eût égard aux temps et aux circonstances, au lieu de suivre aveuglément un système absolu. Sa provocation ne resta pas sans réponse ; les économistes les plus distingués relevèrent le gant. Les deux abbés Beaudeau et Roubaud, persiflés par Galiani, l'attaquèrent ainsi que Condorcet et Condillac,et d'autant plus vivement que leurs doctrines avaient subi un échec. Le

^ ToMeYroind, Eloge de neinharcU, i838. ; ;

ministère Choiseul avait rendu libre, depuis 1763, le commerce des céréales à l'intérieur, et, un an après, à regard de rextérieur;cependant plusieurs années de disette et d'autres calamités déterminèrent le Parlement de Paris, avec l'assentiment de Choiseul et celui du nouveau ministre des finances, l'abbé Terray, de triste mémoire, à rétablir en 1769 et 1770 les anciennes barrières et enfin le monopole lui-même. La liberté du commerce des grains, si vantée jusquelà, fut rendue responsable de la misère n^gnante. Les économistes se défendirent éiiergiquement , mais, comme nous l'avons déjà remarqué, ils écrivaient mal, et ils soutinrent la cause de la raison et de l'expérience d'une façon si lourdement ennuyeuse, que Rousseau, entre autres, ne put s'empêcher d'écrire à son ami le marquis de Mirabeau : « Aimez-moi toujours, mais ne m'envoyez plus délivres o ; il assurait n'y rien comprendre. De son côté, Mirabeau disait de Turgot qu'il avait (c le cœur droit et l'esprit gauche » , et qu'il était un rêveur vertueux. C'est alors que tomba soudain comme une bombe, dans cette sècne polémique, l'écrit de l'abbé Galiani, les Dialogues sur le commerce des blés. Quelques plaisanteries que Choiseul avait toutes raisons de s'appliquer avaient forcé l'auteur à échanger le séjour de Paris pour celui de Naples ; son manuscrit était resté entre les mains de Diderot, qui l'envoya à Timprimerie. « C'est moins un livre sur le commerce des blés qu'une œuvre sur l'art de gouverner », disait Galiani ; « il faut savoir lire entre les lignes ». On peut en dire autant de bon nombre d'ouvrages importants de la seconde moitié du dix-hui-

Page 1