‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 52 sur 298 · CHAPITRE DEUXIEME lOD · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME lOD

Cela n'empêcha pas Catherine II de rechercher d'Alembert comme précepteur du tzaréwitch Paul; n'ayant pu le déterminera accepter ces fonctions, elle se dédommagea de son échec en devenant la véritable sou- Yeraine de V E?iC2/clopédte. Le gouvernement espagnol demanda à Condorcet, par l'entremise de son Académie des sciences, des conseils pour la réorganisation de l'instruction publique ; J.J. Rousseau esquissa, à la prière des Polonais, un projet de constitution, qui se distinguait de ce Contrat Social dont Robespierre devait tenter la réalisation, en ce point surtout qu'il tenait compte des circonstances et aurait à la rigueur pu être mis en pratique ; le physiocrate Dupont de Nemours se rendit en 1772 auprès du roi Stanislas Poniatowski, pour appuyer les mesures libérales des premières années de son règne. Les princes réformateurs, tels que François II, son frère Leopold de Toscane, l'admirateur de Beccaiia, le margrave Charles- Frédéric de Bade, Charles III d'Espagne et le roi Ferdinand de Naples, le fondateur de la colonie de San Leucio, rivalisaient d'empressement à honorer la philosophie dans ses plus illustres représentants.

Le jeune monarque eut à se demander — et c'était là une question désormais inévitable — s'il se déroberait seul à l'impulsion venue de la France et liée en partie aux meilleures traditions de la monarchie. Le plus grand et le plus heureux des souverains de sa maison avait eu Sully à ses côtés; Fénelon,Vauban, Boisguilbert avaient inutilement esquissé, sous son petitsecrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau, I, IntroductxQn, XXI.

fils,les principes d'une politique qui aurait sans doute préservé la sienne de la ruine ; même sous Louis XV l'élément réformateur n'avait pas entièrement disparu, et d'Argenson, puis Machault, le représentaient au conseil du roi. La jeunesse sérieuse de Louis XVI, sa sincérité bien connue et sa bonté de cœur faisaient espérer que son gouvernement formerait contraste avec celui de son grand-père. Son premier choix ne justifia pas cet espoir. Il né<;ligea l'intègre et intelligent Machault et prit le frivole Maurepas, qui confia les affaires étrangères au comte de Vergennes et chercha un successeur au ministre de la marine. Le hasard, ce puissant allié de l'ancien régime, dirigea son choix sur le dernier grand homme d'Etat de la monarchie, sur Turgot.

Comme Morellet, Loménie de Brienne, Boisgelin,et quelques annés plus tard Talleyrand, il était soni de la Sorbonne et avait été destiné à l'état ecclésiastique ; son premier projet littéraire avait été d'écrire une histoire du jansénisme ; l'étude de la philosophie fit de lui un adepte de la tolérance,mais au prix de la perte, sinon de la foi religieuse, du moins de la croyance aux religions révélées^ Ne voulant, dit- il, «porter aucun masque », il renonça aux brillantes perspectives que lui offrait l'Eglise, entra dans la magistrature, étudia avec ardeur l'histoire et la philologie, se lia avec Quesnay et Gournay, publia, dans le même esprit qu'eux, ses réflexions Su?' la formation et la distribution des richesses,ses Lettres sur la liberté du (commerce des grains, et se mit en relations avec Adam Smith. Celui-ci, qui avait passé trois années

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