‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 61 sur 298 · CHAPITRE DEUXIÈME J 2b · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME J 2b

d'argent ; lui-même, sous radministration de l'abbé Terray , il était déjà venu au secours du roi et avait, en 1770, avancé de l'argent sans intérêts afin qu'on put acheter du l)lé pour les provinces les plus éprouvées. Puis, en 1772, il avait de nouveau prêté plusieurs millions : « Nous vous supplions de nous secourir dans la journée... Le moment presse, et vous êtes notre seule ressource : nous avons recours à votre amour pour la réputation du Trésor royal ». — Tel était le ton sur lequel le secrétaire d'Etat des finances se voyait contraint de recourir à Necker \

Alors, au printemps de 1776, s'imposa, pour la seconde fois depuis un an, la grave question d'une rupture avec l'Angleterre et de l'intervention de la France en faveur des colonies américaines ; or, « le premier coup de canon devait être en même temps le signal de la banqueroute ^ » . Cette situation désespérée engagea Maurepas à donner en octobre, comme successeur à Clugny qui venait de mourir, l'honnête Taboureau des Réaux, et à demander un mémoire à Necker sur l'état des finances. Sénac de Meilhan, Montyon et Droz prétendent que Pezay fut de nouveau, en cette occasion, l'intermédiaire de Maurepas. « C'est lui », disait le vieux ministre, a qui gouverne à proprement dire la France » . Et il ajoutait : « Pezay gouverne sa maîtresse, la princesse de Montbarey ; celle-ci gouverne ma femme ; ma femme me gouverne, et moi, ne gouverné-je pas la France? » Necker prêtait parfois de l'argent à Pezay. 11 lui fit sur

* Auguste de Staël, Notice sur M. Necker.

* Le mot est de d'Invau, le prédécesseur de Terray.

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la caisse publique, étant ministre, une avance de cent mille ducats qui avait été refusée pendant trente ans, et il le nomma inspecteur-général des côtes du royaume, avec un traitement de soixante mille livres. Pezay s'acquitta de telle façon de ses fonctions, qu'il fut frappé d'une sentence d'exil ; il mourut bientôt après, à peine âgé de trente-six ans *.

Si M. d'Hausson ville, s'appuyant sur Auguste de Staël, fait remarquer que les archives de Goppet contiennent des lettres de Pezay qui ne mentionnent d'aucune obligation envers Necker, cela ne change rien à la chose en elle-même ^ ; l'ambition de Necker lui avait fait prendre part à des intrigues dont, selon toute vraisemblance, il aurait pu se passer, car pour que le gouvernement se décidât à appeler dans son conseil le banquier protestant de Genève^ il fallait que la nécessité l'y forçât. Le Trésor était épuisé lorsque Necker, dans le mémoire que nous avons signalé, promit de rétablir le crédit et de couvrir, même en cas de guerre, les besoins des caisses royales : mais le nommer contrôleur-général, c'est-à-dire ministre des finances, cela n'en semblait pas moins impossible. On recourut donc à une échappatoire qu'avait employée un peu auparavant Pezay pour faire entrer le prince deMontbarey au ministère de la guerre : Taboureau des Réaux conserverait le titre, Necker administrerait les finances en qualité de directeur du Trésor. Jusque-là l'emploi avait toujours été occupé par

1 Droz, Histoire de louis XVlj I, 199, 219 à 221.

2 Auguste de Staël, Notice sur M. Necker. — D'Haussonville, Le salon de madame Necker, II, 101.

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