‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 62 sur 298 · CHAPITRE DEUXIEME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME I

les parlementaires, et les protestants^ en 1776, n'étaient que tolérés en France ; ils n'avaient pas de droits civils, et leurs enfants n'étaient pas regardés comme légitimes. Le roi n'en donna pas moins son consentement ; eu 1773, à la suite des négociations relatives à la Compagnie des Indes orientales, il avait déjà fait envoyer à Necker une belle collection de gravures *. Il signa sa nomination le 22 octobre 1776.

Gomme deux ans auparavant celle de Turgot, elle fut saluée par une hausse considérable ; les Genevois applaudirent au succès de leur concitoyen, le « magnifique Petit Conseil )) fit frapper en son honneur la première des quatre- vingt deux médailles commémoratives que le ministre reçut dans le cours de sa vie publique, et l'histoire littéraire de Genève dit de ses œuvres qu'elles devraient devenir le manuel de tous les princes qui avaient à cœur le bien de leurs peuples 2. La cour ne vit en Necker que l'adversaire de son prédécesseur et se flatta de l'espoir qu'un talent financier de cette force atteindrait le but même sans économies. Des évêques firent des représentations sur le choix d'un protestant. « Je le sacrifierai », leur répondit Maurepas, « si le clergé veut se charger de payer la dette publique». Necker devait d'ailleurs trouver dans l'épiscopat des amis fidèles et des défenseurs. Le peuple enfin apprit avec joie son arrivée aux afifaires. Quant aux économistes, contre lesquels les Parlements inauguraient une sorte de persécution, ils restèrent irréconciliables. Turgot disait que les finan-

* Grimm, Correspondance littéraire.

* Senebier, Histoire littéraire de Genève, III, 164.

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ces étaient maintenant dirigées, comme l'univers, par la trinité Maurepas-Taboureau-Necker, dans laquelle ce dernier représentait le Saint-Esprit K

C'est ainsi que commença le premier ministère Necker.

Pendant une crise de l'Eglise catholique de France, en 1811, le comte Louis de Narbonne répondit à Napoléon, qui lui parlait de son dessein d'opposer à l'ancien ordre ecclésiastique un ordre nouveau : « Sire, vous ne ferez pas cela, il n'y a pas assez de religion en France pour en faire deux ^ » . La situation respective entre Turgotet Necker fait involontairement songera ce mot- L'esprit réformateur qu'ils entreprenaient de susciter indépendamment l'un de l'autre aurait eu besoin de toutes les forces combinées ; la dispersion de celles-ci fit échouer l'œuvre de 1776 de même qu'elle devait faire échouer celle de 1789.

Turgot était resté, comme ministre des finances, fidèle à son programme ; il avait réalisé des économies et payé dans le cours de ses vingt mois de ministère cent deux millions de dettes ; mais l'état désespéré des finances royales et les non-valeurs de son prédécesseur Terray l'obligèrent à de nouveaux emprunts pour faire face aux besoins les plus pressants. Dans ces circonstances il attendait une amélioration sérieuse de l'état des finances non pas de mesures purement financières, mais du concours de toutes les forces, de l'accroissement du bien-être national, de la réforme

1 Foacin, Ministère de Turgot^ 543.

* Jay, Jouy, etc., Biographie nouvelle des contemporains, 1824, article Narbonne,

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