CHAPITRE DEUXIÈME
de l'administration et particulièrement de l'introduction d'un impôt foncier équitable ^
Necker prit une autre position ; il ne pouvait pas même tenter ce qui n'avait pas réussi à Turgot. Gomme protestant, il lui fallait ménager le clergé ; comme étranger, la cour ; comme bourgeois, les classes privilégiées, la noblesse d'épée et de robe, s'il ne voulait provoquer contre lui dès les premiers pas une opposition dont il eût été infailliblement la victime. La conséquence naturelle de cette situation menacée de toutes parts fut que Necker, pendant les premières années de son ministère, s'en tint le plus possible aux questions financières et renonça à toutes les réformes sérieuses ; or, il est bon de rappeler qu'en France, sous l'ancien régime, les affaires intérieures dépendaient à peu près exclusivement du ministre des finances ^ iMais même sur le terrain limité dont nous parlons il ne s'établit pas sans difficultés.
Moins d'un an après sa nomination, un dissentiment entre lui et Taboureau amena la retraite de ce dernier; le 22 juin 1777, après avoir stipulé qu'il ne recevrait pas de traitement, ce à quoi le roi ne souscrivit pas sans hésitation, Necker fut nommé directeur général des finances. Dans ce nouveau poste, il continua à rester, au moins nominalement, sous la direction de Maurepas, et, ce qui était beaucoup plus grave, exclu du conseil tenu en présence du roi ; il ne pouvait donc ni lire ses projets à celui-ci ni les dé-
* Foncin, Ministère de Turgot, 558.
** Leser, Deuxième ministère de Necker, i2.
fendre. C'était là un immense désavantage à une époque où l'humeur personnelle du monarque était l'unique garantie de la durée en fonctions.
Necker a raconté lui-même dans tous ses détails ^ l'histoire de son ministère et témoigné combien il avait à cœur l'ordre et l'économie, la suppression des abus et la création d'une administration honnête. Son premier acte fut la diminution des pensions, qui à son entrée aux affaires atteignaient le chiffre formidable de vingt-huit millions ; sa mesure la plus importante fut une nouvelle estimation, pour vingt années, de la propriété foncière, en vue d'une réparti- \on plus équitable des taxes et des impôts, auxquels la noblesse savait échapper par tous les moyens que lui fournissait la corruption régnante. Le non-privilégié payait la « taille » redoutée, conformément à l'évaluation impitoyable des percepteurs ; pour les seigneurs, on se contentait d'une déclaration qui restait toujours au-dessous de ce qui était dû et qui souvent même ne reculait pas devant la pire fourberie. Les économistes n'obtinrent naturellement pas de Necker qu'il rétablit comme ministre la liberté du commerce des grains à l'intérieur du royaume, alors que dans sa polémique avec Turgot il avait fait des restrictions à cet égard.
Un service incontestable de Necker, qui en cela non plus n'osait aller aussi loin que son prédécesseur, ce fut de régler du moins légalement l'exécution des corvées dans chaque généralité, tandis que jusque-là
1 Necker, Œuvres, III et XI.