CHAPITRE DEUXIÈME 1 Sq
nom de pays d'élection^. Louis XIV poursuivit au profit de la puissance absolue l'œuvre de Richelieu et accrut les pouvoirs des intendants jusqu'au droit d^ vie et de mort. Tous les réformateurs s'élevèrent contre ces instruments de l'absolutisme royal ; Boisguilbert et Vauban, Boulainvilliers et Saint-Simon, Fénelon enfin, stigmatisèrent l'administration de ces tyrans privilégiés, devenus le fléau des populations qu'on leur avait livrées, et qui achetaient, au prix des plus dures exactions et de l'exploitation de leurs concitoyens en vue des besoins du Trésor royal, l'impunité pour eux et pour leurs subordonnés. Déjà Boulainvilliers, Saint-Simon et Fénelon cherchaient un remède à cette situation désespérée dans la convocation des Etats-Généraux, qui de leur côté devaient s'appuyer sur les États provinciaux ; d'Argenson et le marquis de Mirabeau réclamaient de Louis XV le rétablissement de ceux-ci, et Mirabeau osait rappeler au roi que ce rétablissement avait été décidé par son père lui-même ^
Ce qui primait encore le désir du rétablissement des représentations provinciales, c'était de voir convoquer les Etats-Généraux, qui n'avaient pas été réunis depuis 1614.
Quand Maupeou porta en 1771 le dernier coup à la magistrature française et abolit les Parlements, cette dernière barrière opposée à l'absolutisme royal,
1 Lavergne, Les Assemblées provinciales, 2.
2 Le même, dans un Mémoire ajouté à l'édition de 1756 de V Ami des Hommes, et d'Argenson dans les Considérations sur le gouvernement de la France.
leurs membres réclamèrent d'abord la réunion des Etats- Généraux ; à eux se joignit le tribunal suprême du royaume, la Gourdes Aides, également supprimée par Maupeou,que Malesherbes présidait et au nom de laquelle il prit la parole *. Une quantité innombrable de brochures s'expriaièrent dans le même sens et émirent l'opinion que le rappel des Parlements ne suffisait déjà plus. Celui-ci ayant eu lieu néanmoins sous Louis XVI, La Rochefoucauld, fils de la duchesse d'Enville, tint le mémorable di-cours où il réclamait le retour des Assemblées nationales, «dont la réunion des princes de la maison de France et des pairs avec la magistrature parlementaire ne peut remplacer la puissance législative » . Malesherbes, de son côté, parlant au nom de la Cour des Aides, revint sur la nécessité de convoquer les Etats du royaume et réclama u un législateur royal » ; dans son discours de réception à l'Académie, en 1775, le passage suivant souleva une tempête d'applaudissements : « La littérature et la philosophie semblent avoir repris le droit qu'elles avaient dans l'ancienne Grèce de donner des législateurs aux peuples... Aujourd'hui les philosophes regardent la législation comme un champ ouvert à leurs travaux, tandis que les jurisconsultes cherchent à porter dans les leurs le flambeau de la philosophie. Osons dire qu'un noble enthousiasme s'est emparé de tous les esprits et que le temps est venu où tout homme capable de penser et surtout d'écrire se croit obligé de diriger ses méditations vers le bien public ».
1 Droz, Histoire de Louis XVI, I, 36 et 175.