CHAPITRE DEUXIÈME
ne parlait pas delà convocation des Etats- Généraux ; plus tard il a rejeté de la manière la plus formelle la responsabilité de cette convocation. Les Etats- Généraux étaient à ses yeux une combinaison vieillie, qui même en son meilleur temps avait été tout à fait insuffisante ; attendre d'eux la guérison du mal, c'était là^ à son avis, « une ignorance et une ineptie ». « Pourquoi donc dissimulerais-je » , dit -il, « que mes premières et mes dernières pensées furent toujours favorables à un système de gouvernement avec lequel ni des Etats -Généraux divisés en trois ordres, ni aucun autre institut monarchique, ne peuvent être mis en parallèle * )i .
Un trait caractéristique des vues politiques de Necker, c'est que, laissé à lui-même, il était hostile à toute centralisation ; ses écrits postérieurs en particulier accusent un penchant très net pour un état fédératif. Le mémoire au roi en faveur de la création d'Etats provinciaux insiste surtout sur ceci, qu'ils aideraient à une appréciation plus juste des besoins propres à chaque province ; la direction centrale venue de Paris, par le fait du ministre insuffisamment instruit et mal servi, ferait place à une appréciation juste et raisonnable de la situation locale et des diversités provinciales ^
Mais à côté de ces considérations éminemment pratiques, la théorie de Necker sur la souveraineté était en contradiction avec l'idée d'une réunion des Etats du royaume ; le ministre qui prenait la constitution
1 Œuvres, IX, 131.
2 Œuvres, III, 340.
anglaise pour idéaii politique établissait dans le mémoire înentionné plus haut que le droit de lever l'impôt était le fondement nécessaire non pas de la liberté politique, mais de la puissance royale. Tandis que Burke combattait la théorie préférée des torys, qui ramenait en dernière instance le droit de représentation àlapropriété du sol, en établissant que la Chambre des Communes en Angleterre avait toujours étendu ce droit à tous les intérêts nationaux ; tandis que lord Ghatham affirmait dans les termes les plus énergiques et les plus nets que le consentement de l'impôt par le peuple légalement représenté était la marque essentielle et distinctive de la liberté politique ^ Necker déclarait «ne pas vouloir limiter ce droit légal de la couronne, mais seulement en régler l'usage ». Le système absolu n'était pas allé aussi loin même sous Louis XIV, oii l'on avait soigneusement évité de laisser discuter ce point. Necker lui-même, pendant son ministère, soumit l'unique impôt dont la couronne avait réglé jusque-là le revenu d'une façon tout à fait arbitraire — la taille — au contrôle des Parlements^ ; mais même la lutte entre l'Angleterre et ses colonies d'Amérique, dans laquelle, depuis 1765, il ne s'agissait en réalité que de la question de l'impôt, laissa intacte sa théorie ; c'est là le point vulnérable dont s'emparent ses adversaires pour affirmer qu'il n'a connu ni les lois ni le passé du pays qu'il gouvernait ^ Sa
* Lecky, History of England in the XIX Century ^ III, 208- » Droz, Histoire de Louis XVI, I, 301. ^ Montyon, Particularités sur les ministres des finances,