‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 71 sur 298 · CHAPITRE DEUXIÈME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME I

perspicacité naturelle le guidait au contraire d'autant plus sûrement quand il ne s'agissait pas de principes suivis, mais de propositions pratiques, et il était dans sanature non moins que dans celle du roi de prendre des voies intermédiaires et de préconiser comme remède aux maux existants des « moyens judicieux, mais lents et doux » .

C'est du mois de mai 1778 qu'est daté son projet de convoquer peu à peu dans les provinces et pour un temps indéterminé des assemblées chargées de la répartition et de l'augmentation des impôts, de la plantation et de l'entretien des routes, des soins et de l'amélioration de l'agriculture et de l'industrie. Les intendants devaient conserver leur charge ; Necker augmentait même leurs attributions, ' mais a l'avenir il leur était interdit de quitter leurs généralités sans la permission du roi, et les nouvelles assemblées étaient chaigées de les surveiller dans l'exercice de leurs fonctions. Ces assemblées n'étaient pas destinées à rétablir les anciennes constitutions locales, mais elles devaient leur substituer des administrations qu'on espérait devoir répondre mieux aux besoins du présent que les vieilles institutions du moyen âge, qui ne subsistaient plus d'ailleurs que dans quelques provinces. C'était revenir à une partie du plan de Turgot ; mais il n'était plus question de son idée d'une représentation préparatoire des communes, puis des districts, et, au lieu de l'éligibilité sur la base d'un

106 et m. — Sénac de Meilhan, Du gouvernement de la France,

revenu déterminé, Necker revenait au principe des trois ordres, mais avec une modification essentielle. Aux Etats-Généraux et dans les Etats des différentes provinces, chaque ordre délibérait à part, de sorte que si les deux premiers ordres se réunissaient, ils étaient toujours en majorité contre le Tiers. Dans une seule province, le Languedoc, il en était autrement ; on y votait en une seule assemblée et par tête, et le Tiers se composait à lui seul d'autant de membres que les deux autres ordres réunis.

Fénelon avait déjà proposé ce mode de convocation pour toutes les Assemblées du royaume : x\ecker le choisit à son tour ; mais le roi ne l'accepta qu'après de grandes hésitations.

Le premier essai de l'institution nouvelle eut lieu dans une des plus petites et des plus pauvres provinces de la monarchie, le Berry ; l'Assemblée comprenait quarante-huit membres, dont douze nobles, douze ecclésiastiques, douze représentants de la bourgeoisie des villes et douze propriétaires fonciers de la campagne. Le roi désigna seize députés, qui élurent les trente-deux autres; l'archevêque de Bourges présida. L'Assemblée devait se réunir tous les deux ans pendant un mois, et, dans l'intervalle, un bureau de sept membres, sous un président, était chargé de veiller à l'exécution de ses décrets. En cas de réussite, cet essai devait servir de modèle dans toute l'étendue du pays à d'autres institutions analogues et être poursuivi (c tant qu'il plairait au roi ». Les points les plus importants soumis à l'examen de l'Assemblée étaient l'organisation des établissements de bienfaisance, l'encouragement

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