CHAPITRE DEUXIEME I
du commerce et de l'industrie, la perception et 1 équitable répartition des impôts, enfin l'entretien des routes, question intimement liée à celle des corvées, qui soulevait tant de craintes et de mécontentements. La convocation du quatrième ordre par l'extension du sulïrage du troisième à douze propriétaires fonciers de la campagne, c'est-à-dire à douze paysans, était l'innovation essentielle de Necker. La prochaine Assemblée devait se réunir dans le Dauphiné eh 1779 ; cette province avait eu jadis une représentation locale, qu'elle avait perdue sous Richelieu ; elle souleva des difficultés à ce sujet et réclama ses anciens droits, au lieu de la nouvelle organisation qu'on lui offrait.
Necker quitta le ministère avant que le différend eût été aplani; il ne devait l'être qu'en 1789, où les rel)résentants de cette province jouèrent un si grand rôle dans les événements. Par contre, on parvint à organiser une Assemblée provinciale dans la généralité de Montauban; mais on échoua en 1780 à Moulins pour le Bourbonnais, le Nivernais et la Marche.
Les deux Assemblées du Berry et de Montauban siégèrent jusqu'en 1786 et justifièrent complètement l'attente où était Necker, que cette organisation accroîtraît le zèle pour le bien public et l'attachement à un gouvernement qui s'efforçait de mériter la confiance et d'augmenter le bien-être de la nation. Leur activité bienfaisante est le point lumineux dans l'histoire de Louis XVI. Deux des plus chauds amis de Turgot, dans le Berry l'abbé de Véri, à Montauban l'évêque
Champion de Cicé, encouragèrent ces institutions avec intelligence et énergie ; le clergé se montra prêt aux sacrifices, la noblesse sage et désintéressée. Bien loin de prendre une attitude hostile vis-à-vis du Tiers, on montrait celui-ci comme destiné, par son expérience et l'étendue de ses connaissances, à devenir, tôt ou tard, l'élément le plus important des Assemblées politiques. Un mode d'élection pour le Tiers, qui devait comprendre tous les propriétaires fonciers, ceux des villes comme ceux des campagnes, était en préparation . Si Necker avait eu le temps de développer et de consolider l'institution des Assemblées provinciales, les événements en France auraient, selon toute prévision, pris un autre cours; il ne devait pas en être ainsi. La guerre d'Amérique coûtait annuellement environ quatre cents millions au Trésor ; on ne pouvait plus trouver ces sommes énormes sans recourir à de nouveaux moyens. En 1780 il y avait encore à peu près quatre mille charges dont l'achat conférait la noblesse ; la plupart étaient de petits emplois de cour vendus par les hauts dignitaires, et dont les titulaires tiraient de nouveaux avantages par des moyens illégaux. Necker proposa au roi de supprimer la plupart de ces charges et de suspendre les autres, ce qui fut fait ; en même temps on diminua la part des bénéfices des fermiers généraux sur les impôts indirects, et on réduisit le nombre des employés des finances. La plus-value de quatorze millions que rapportait à lui seul le bail de la Ferme générale, qu'on avait augmenté, et qui expirait en 1780, était, comparé aux besoins de l'Etat, comme une goutte