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CHAPITRE DEUXIEME

d'eau dans la mer. 11 fallait recourir à un autre expédient pour accroître le crédit ; îS'ecker revint à son idée préférée de gagner l'opinion publique par un exposé clair et sincère de l'état des affaires, et leva pour la première fois le voile impénétrable qui, depuis Richelieu^ recouvrait l'administration des finances de la monarchie française. Son Compte-renda au roi parut en janvier 1781 et fut la plus grande innovation administrative de l'ancien régime.

Il accusait un excédent de dix millions de recettes sur la dépense et insistait sur la disparition du déficit et sur le bien-être croissant du pays.

La conséquence immédiate de ces révélations fut qu'un nouvel emprunt fournit plus de deux centtrentesix millions. Leur résultat moral ne fut pas moindre : l'exposé des abus imposait leur abolition au gouvernement et réclamait pour le roi, au profit de l'œuvre de réforme exigée par la justice, l'appui de l'opinion publique ; elle seule pouvait lui prêter à cet effet la force nécessaire, mais elle l'obligeait en même temps à ne plus abandonner la tâche qu'il s'était engagé d'entreprendre. On a démontré, il y a longtemps, que le Compte-rendu était inexact au point de vue financier ; ses calculs ne se rapportaient qu'aux recettes et aux dépenses régulières, et non aux charges extraordinaires imposées par la guerre. De plus, le budget que présentait Necker n'était pas celui d'une année déterminée, mais une sorte de fiction, un budget moyen, exposant l'état régulier des recettes et des dépenses dans le courant d'une année, mais sans tenir lieu des hasards imprévus et des dépenses extraordi.

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naires, non plus que du déficit. Il faut ajouter à cela qu'on ne connaissait pas, au temps de Necker, les institutions administratives et le mode de comptabilité modernes qui permettent de fixer au juste le chiffre des recettes et des dépenses. C'est ainsi que, tandis que les recettes de 1781 s'élevaient à quatre cent trente millions, Necker n'accusait que deux cent soixante-quatre millions, parce que les autres recettes n'étaient pas indiquées d'une façon sûre ; on admit donc simplement qu'elles avaient atteint le chiffre moyen \

Necker en était là, quand les circonstances le forcèrent, lui aussi, à s'arrêter.

Ce fut au sein même du ministère qu'il se heurta à la première difficulté sérieuse . Pendant la guerre navale avec l'Angleterre, la marine était dirigée par M. de Sartines, dont l'incapacité était notoire. En 1771 ce ministre devait à la flotte plus d'une année d'appointements, et cependant le déficit de son département atteignait vingt millions. Necker réclama de Maurepas le renvoi de Sartines, sous menace de sa propre démission . Cette dernière alternative répondait aux vœux secrets du premier ministre, qui depuis longtemps craignait de se voir supplanté par Necker ; mais le moment de renverser son dangereux collègue ne lui semblait pas encore venu. Il lui offrit le portefeuille de la marine, dans l'espoir de le mettre ainsi aux prises avec d'inextricables difficultés. Necker ne donna pas dans le piège ; il pro-

* Droz, Histoire de Louis XF/, I, 294.

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