‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 74 sur 298 · CHAPITRE DEUXIEME 1 D · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME 1 D

fita d'une indisposition du vieux ministre pour faire nommer ministre de la marine, d'accord avec la reine, le marquis, plus tard maréchal de Castries.Deux mois après le marquis de Ségur fut appelé au ministère de la guerre en remplacement du prince de Montbarey. C'était dans l'automne de 1780. Bientôt suivit la publication du Compte-refidu, où Maurepas était à peine nommé. Le vieux ministre avait mis la patience de Necker à de rudes épreuves ; aussi était-elle à bout. « On ne saura jamais » , raconte-t-il, « toute la constance dont j'ai eu besoin. Je me rappelle encore cet obscur et long escalier de M. de Maurepas, que je montais avec crainte et mélancolie, incertain du succès, auprès de lui, d'une idée nouvelle dont j'étais occupé, et qui tendait le plus souvent à obtenir un accroissement de revenu par quelque opération juste, mais sévère ; je me rappelle encore ce cabinet en entresol placé sous les toits de Versailles, au-dessus des appartements du roi, et qui, par sa petitesse et sa situation, semblait véritablement un extrait, et un extrait superflu, de toutes les vanités et de toutes les ambitions ; c'était là qu'il fallait entretenir de réforme et d'économie un ministre vieilli dans le faste et dans les usages de la cour. Je me souviens de tous les ménagements dont j'avais besoin pour réussir, et comment plusieurs fois repoussé, j'obtenais à la fin quelques complaisances pour la chose publique ; et je lès obtenais, je le voyais bien, à titre de récompense des ressources que je trouvais au milieu de la guerre. Je me souviens encore de l'espèce de pudeur dont je me sentais embarrassé, lorsque je mêlais à mes dis-

cours et me hasardais à lui présenter quelques-unes des grandes idées morales dont mon cœur était animé* ». Necker ajoutait ces paroles, sur la portée desquelles Maurepas ne pouvait se méprendre : « Je crois, autant qu'un autre, à la puissance active d'un seul homme, qui réunit à l'intelligence la fermeté, la sagesse et la vertu ». Etil terminait par cette fière assertion : « Si quelqu'un doit à ma simple faveur une pension, une place, un emploi, qu'on le nomme ^ ». L'amour-propre satisfait qui perçait dans ces assertions et dans beaucoup d'autres semblables ne blessa pas seulement Maurepas. Le nom du véritable promoteur du projet de la convocation et de l'extension des Assemblées provinciales, le marquis de Mirabeau, dont le livre sur ce sujet avait paru dès 1750, n'était pas non plus mentionné dans le mémoire adressé au roi par Necker, quoique le curieux morceau sur les intendants fut tiré de son livre. On fit valoir, pour excuser Necker, que le mémoire au roi n'était pas destiné à la publicité. Le hasard le fit cependant tomber aux mains d'un certain Cromot, intendant de Monsieur, frère de Louis XVI. Necker avait rejeté ses demandes pour son maître aussi bien que pour lui-même, et celui-ci, pour se venger, fit imprimer et répandre partout l'écrit du ministre. Les parlementaires, de leur côté, se voyaient non seulement attaqués par Necker, mais menacés dans leur existence, et ils profitaient de l'occasion pour répéter, non sans raison cette fois, que la suppression de

1 Œuvres, VI, ^3.

* Necker, Compte-rendu au roi, Œuvres^ II.

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