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supporter cette injustice. L'indignation qu'elle en ressentit lui fit faire la plus grande méprise qu'il était en son pouvoir de commettre. Al'insu de Necker, elle demanda à Maurepas d'arrêter les pamphlets dirigés contre son mari, Gomme Fa dit M"'^ de Staël, le vieux ministre apprit ainsi à connaître le plus sûr moyen de blesser celui qu'il voulait perdre \ car il put constater combien les flèches lancées en bonne partie par lui même avaient frappé juste. Il fit un pas de plus, et refusa à Necker l'entrée au conseil, tout en lui proposant d'une façon blessante d'écarter l'obstacle qui s'y opposait en changeant de religion. Il le pria ensuite de retirer sa démission.
Necker, animé du désir de poursuivre sa tâche, ne se laissa point encore décourager. Il réclama l'examen des dépenses pour la marine et l'armée, la destitution de l'intendant de Moulins, qui se montrait récalcitrant, et l'enregistrement forcé de l'édit convoquant une Assemblée dans le Bourbonnais, et que le Parlement de Paris avait repoussé. Maurepas s' opposant de nouveau à ces demandes, Necker écrivit au roi qu'il se voyait forcé, la mort dans l'âme, de se séparer de lui. Sa démission est du 19 mai 1781, Deux mois auparavant, le 18 mars.Turgot était mort. Au mois de novembre suivant mourut Maurepas. Necker n'aurait eu qu'à prendre un peu patience.
Le système raisonné et cohérent de Turgot, fondé sur de solides principes, ne fut pas remplacé par celui de Necker ; les expériences politiques de ce
* Notice sur la vie privée de M. Necker, 29-30.
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dernier ont été faites en grande partie aux dépens de l'Etat, au lieu de lui servir de règle ; mais il fut un administrateur à une époque où la France n'en possédait guère. Un ministère Necker eût été, en 1781, une dernière chance de salut pour la monarchie. Chose digne de remarque, la seule personne de son entourage qui semble s'en être doutée, ce fut la reine. Sa correspondance avec Marie - Thérèse désapprouve hautement, et à plusieurs reprises, la politique de Maurepas et de Vergenties, qui, pendant la guerre de la succession de Bavière, avait si peu répondu aux sympathies de Marie-Antoinette pour sa famille et sa patrie, et contre lesquels sa mère et son frère Joseph If ne cessaient de l'influencer \ Mais quant à Necker, elle alla jusqu'à lui promettre de restreindre les dépenses de sa maison , sacrifice que personne encore n'avait réussi à obtenij* d'elle ^. Sa bonne volonté ne devait pas être mise à l'épreuve.
Son antipathie contre Turgot avait hâté la chute de ce ministre ; la faveur qu'elle témoigna à son successeur n'arrêta pas la sienne. A Versailles, au cours d'une conversation de plusieurs heures, elle s'efforça de faire retirer à Necker sa démission ; vers la fin de l'entretien la nuit tombait, et il ne remarqua pas les larmes qui voilaient les yeux de la reine ; s'il les
^ Arneth, Marie -Thérèse et Marie - Antoinette ; Correspondance. Lettres de la reine des 19 avril, 5 et 16 mai, 17 octobre 1778. — Geffroy et Arnetti, Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenleau, 111, 189.
2 Marie-Thérèse et Marie- Antoinette, lettre de la reine du 15 février 1780.