CHAPITRE DEUXIÈME ibg
avait vues, affirmai t-il plus tard, il n'aurait pas eu le courage de rejeter sa prière.
La retraite de Necker provoqua en sa faveur une réaction devant laquelle ses adversaires furent réduits au silence ; on fit trêve à la critique pour ne se souvenir que du bien que le ministre avait accompli, ou du moins voulu. Catherine II, qui dans une lettre à r,rimm nommait les finances du roi très chrétien « une matière tout à fait dégoûtante », les rois de Naples et de Pologne, lui offîirent la direction de leurs affaires. «Je voudrais que les finances de mon royaume méritassent d'être administrées par lui », écrivait le roi de Sardaigne^ Joseph II ne resta pas en arriére ; ii écrivit à Mercy qu'il avait gardé de Necker, depuis sa rencontre avec lui à Paris, en 1778, l'impression la plus favorable, et il priait en même temps son ambassadeur de rappeler cette rencontre au ministre tombé et de l'assurer de toute son estime pour son caractère et ses talents ^ Marie-Thérèse, elle aussi, donna aux époux Necker, dans les derniers temps de leur séjour au ministère, un témoignage bien flatteur de son estime. « Gomme vous vous trouvez quelquefois avec les Necker », écrivit-elle à Mercy « et que j'ai très bonne opinion des talents de M. de Necker, je vous autorise à le lui faire connaître, si vous le trouvez à propos, en ajoutant que c'est toujours avec beaucoup de plaisir que je lis les nouvelles de ses opéra-
1 M"»« de Staël, Sur le caractère de M. Necker, 32.
2 GefTroy et Arneth, Marie- Anloinet te , III, 405, note. Lettre du 4 mars 1780.
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tions de finance, et que je suis même persuadée que nous en pourrions tirer bon parti pour nos finances, si même elles ne sont pas dans un désordre aussi embarrassant que celles de France. Vous pourriez encore faire savoir à M'"^ de Necker que le peintre Liotard, de Genève, se trouvant ici il y a plusieurs années, j'ai voulu examiner ses tableaux, parmi lesquels j'étais surtout frappée de l'un d'eux qui représentait une jolie jeune personne avec un livre à la main dans une attitude bien intéressante. Je me suis attachée à ce tableau et j'en ai fait l'acquisition ; c'est le portrait de M'^^ de Necker, que je regarde encore plusieurs fois avec plaisir. Dans le temps que Liotard s'est retrouvé ici la dernière fois, il a fait voir de la peine de n'être plus possesseur de ce tableau, et m'a demandé de pouvoir en tirer copie. Je le lui ai accordé, mais j'ai gardé l'original (qui est dans mon cabinet) ^ » .
« Les Necker » , répondait l'ambassadeur, a sont dignes d'une aussi haute marque de bienveillance, le mari par sa probité et ses talents, et la femme par ses vertus exemplaires ». Mais M""^ Necker ayant manifesté le désir bien naturel d'obtenir copie a d'un témoignage de bonté si auguste )>, Mercy dut faire sentir que ses devoirs s'y opposaient, ce dont l'impératrice le loua, « parce qu'ils en auraient fait, peut-être, trop d'ostentation S). Necker lui-même ne
* Geffroy et Arneth, Marie- Antoinette ; Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy- Argenteau, III, 405.
^ Geffroy et Arneth , Marie- Antoinette ; Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy -Argenteau, III, 435.