‹ Madame de Staël et son tempsChapitre 8 sur 298 · CHAPITRE PREMIER i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER i

rition de Voltaire, qui y contribua pour sa part* )>.

Le châtelain de Feiney se vantait plus tard d'avoir corrompu Genève ^ ; mais, au temps de la jeunesse de Necker, le grand et modeste naturaliste Bonnet était l'homme le plus influent de sa patrie ; il cherchait, comme devait le faire Necker à son tour, à concilier les problèmes philosophiques avec les croyances chrétiennes. Dans cette atmosphère de simplicité patriarcale et de morale sévère, le jeune Jacques Necker, alors âgé de seize ans, acheva avec succès ses humanités ; mais il dut interrompre ses études, — et cette lacune, comme on l'a justement remarqué % resta toujours sensible chez lui, — pour se créer à Paris dans le commerce, conformément à la volonté de son père, une existence indépendante.

Tout d'abord ce plan parut ne pas devoir réussir ; l'intérêt du jeune homme avait été éveillé par de tout autres choses que par les affaires d'argent ; il aimait les livres, lisait avidement les productions du jour, et composait à ses moments perdus de petites pièces de théâtre, en particulier des comédies en vers, que plus tard il s'applaudit de n'avoir pas publiées.

Le hasard fit découvrir dans le gai jeune homme toujours prêt aux plaisanteries un talent hors ligne pour la profession qu'on lui avait imposée. Son père

* * Bonstetten, Souvenirs de jeunesse, à la suite des Lettres à Maithisson.

2 Voltaire à d'Alembert, I, 134.

* M™« de Gharrière, Lelli^es- Mémoires. Revue Suisse, 1857,

l'avait placé chez le banquier genevois Vernet, qui habitait les environs de Paris et ne venait dans ses bureaux qu'à certains jours. Une alï'aire importante arriva de Hollande, pendant sou absence. La décision pressait. Le jeune Necker, qui avait alors dixhuit ans, se chargea de la prendre. Il soumit à Vernet un projet soigneusement étudié, auquel celui-ci donna son plein assentiment. Au bout de trois mois, le jeune commis savait le hollandais et avait pris la direction générale des affaires avec les grandes maisons d'Amsterdam. Sa fortune était faite. Quand^ en 176:2, Vernet se retira, il confia à Jacques Necker une somme qui permit à celui-ci de fonder, avec les Thélusson de Genève, une maison qui devint bientôt une des premières de France, et qui y fut l'origUie delà banque proprement dite; cette maison, en effet, au lieu de s'en tenir à des transactions purement commerciales ou au fermage des revenus de l'Etat, agit pour son propre compte et hasarda de grandes opérations. La spéculation sur les blés lui en fournit la première occasion. Ghoiseul, en 1764, avait rendu libre le commerce des céréales. Cette révolution économique avait été déterminée par l'intérêt qui s'éveilla, vers le milieu du dix-huitième siècle, en faveur des problèmes connexes de celui-ci. Cet intérêt trouva son expression, à partir de 1750, dans les travaux des économistes, et provoqua dans les esprits une agitation que les questions religieuses seules, quelque temps auparavant, avaient été capables de faire naître.

Voltaire écrivait : u Vers l'an 1750, la nation, ras-

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