CHAPITRE DEUXIÈME l6b
rection connue sous le nom de Gordon riots et dirigée contre les catholiques empêcha le voyage de Joseph 11 à Londres, elle écrivit à la reine : h C'est donc là cette liberté tant vantée, cette législation modèle I sans mœurs et sans religion tout esl vain ». En Allemagne on maudit le traité de subsides avec l'Angleterre, et on salua avec transports, en 1776, la nouvelle de la prise de troupes allemandes par Washington *. Dans un ouvrage sur Sénèque, Diderot trouva moyen de passer de son héros aux colonies américaines, pour recommander la guerre avec l'Angleterre. Les sympathies des Français furent donc faciles à gagner quand le cri de liberté ne s'identifia plus avec des sympathies anglaises, et que les colonies américaines répondirent aux exigences du gouvernement anglais, qu'elles jugeaient intolérables, en se déclarant indépendantes de la mère patrie.
C'est à ce moment que s'éveilla l'enthousiasme des Frajiçais. Il prépara des ovations pour Franklin, suivit le jeune La Fayette et ses amis au delà des mers, et poussa le roi et le ministère à la guerre ; il semblait que, pour les su jets de Louis XVI ,1a liberté n'étaitdevenue un bien désirable qu'autantqu'elle s'alliait à la révolte et contrastait avec l'ordre monarchique. Dans ses notes sur l'Angleterre, écrites vers 1730, Montesquieu avait prédit le détachement de ses colonies américaines ; le perspicace d' Argen son répéialamême chose un peu plus tard et sous une forme plus nette encore. Dans un discours latin, tenu en 1750 à la
1 *Niebuhr^ Histoire de l'époque de la Révolution, I, 75.
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Sorbonne, Turgot compara les colonies à des fruits qui, une fois mûrs, se détachent de la branche, et il compléta cette image par l'exemple de l'Angleterre et de l'Amérique. Vergennes, alors ambassadeur à Gonstantinople. se consolait de la perte du Canada par l'espoir certain que les colonies américaines, délivrées de leur dangereuse voisine et se refusant à partager plus longtemps le poids des impôts de la métropole,éprouveraient le désir de se séparer d'elle. Cette prévision une fois accomplie, Turgot n'en déconseilla pas moins, dans un mémoire spécial, la guerre de la France avec l'Angleterre, pour cette raison, que nous avons dite, que la participation de la France entraînerait la désorganisation complète de ses finances déjà si menacées. Lorsque, un peu plus tard. Necker eut à prendre une décision semblable, il s'exprima dans le même sens ; mais ces voix ne furent pas entendues.
Au point de vue national, il s'agissait d'une revanche des traités de 1763, et avant tout de la porte du Canada. Par rapport à la politique intérieure, les résultats de l'alliance entre la plus ancienne des monarchies et la plus jeune des républiques ne devaient apparaître que plus tard ; les plus importants de ces résultats ne furent pas les succès diplomatiques ou militaires de l'intervention française, mais bien les impressions que les vainqueurs rapportèrent dans leur patrie.
liest aujourd'hui au-dessus de tous les doutes qu'au fond de ces impressions il y avait un des malentendus les plus graves et les plus déplorables dont l'histoire fasse mention, car il contribua plus qu'au-