CHAPITRE DEUXIEME iy
Marie-Antoinette conduisit dans sa propre voiture la femme de celui-ci à sa rencontre ; le Parlement de Paris, de son côté, ne crut pas pouvoir offrir un plus beau spectacle au tzaréwich Paul que la séance où la place d'honneur fut assignée au valeureux compagnon d'armes de Washington. Sous plus d'un rapport ces distinctions étaient méritées. Si La Fayette s'était mépiis sur l'esprit de l'Amérique, il connaissant d'autant mieux les sympathies de la France nouvelle. Ce fut lui qui exprima la pensée intime de la jeune génération, lorsqu'il déclara plus tard que « pénétré des idées américaines, il avait toujours été partisan de l'égalité » .
A l'époque où s'accomplit cette transformation dans les idées, Necker était encore ministre.
Tandis que la jeune république transatlantique se constituait sur: le modèle anglais et s'attachait aux doctrines de Montesquieu, ia France monarchique recourait au Contrat social et professait avec Rousseau la doctrine de la souveraineté du peuple. Rien ne prouve que Necker eût été plus perspicace que ses contemporains, qu'il ait compris comment l'aspiration vers la liberté se changea en passion pour l'égalité, et qu'il se soit rendu compte de cette crise dans la marche des idées qui conduisit de la réforme à la révolution. La transformation par laquelle avait passé l'opinion publique était complète, cependant, lorsque celle-ci le rappela au pouvoir après une retraite de sept années.