CHAPITRE TROISIEME I
supportera tout, excf^pté sa haine, c'est bien M'^^ Necker e le-même qui répond par la bouche de Mirza : ^( Ma haine ! ne la crains pas, Ximéo ; il y a des cœurs qui ne savent qu'aimer ».
«Absolument incapable de haine «, dira plus tard Ij^me Neci^er de Saussure en parlant de sa cousine, après que celle-ci eut appris à quoi s'en tenir sur la sévérité implacable du monde. Tous ceux qui l'ont approchée ont confirmé l'exactitude de ce jugement. Elle pardonnait si complètement les oUenses personnelles, même celles qui l'atteignaient au plus profond du cœur , que les spectateurs désintéressés étaient tentés de croire qu'elle ne les avait pas ressenties. A côté de ses transports d'une violence extrême dans les moments de passion, elle apportait une douceur extraordinaire dans la vie de tous les jours. Un hasard a conservé d'elle les quatre vers suivants, qui datent probablement aussi de sa jeunesse :
Tu m'appelles la vie : appelle-moi ton âme ; Je veux un mot de toi qui dure plus d'un jour ; Li vie est éphémère, un souifle éteint sa flamme ; Mais l'âme est immortelle aussi bien que l'amour K
Plus tard, elle a peu écrit en vers, et la plupartde ses rares productions poétiques sont des traductions.
On eût sans doute pardonné aux parents de M * Necker de livrer prén '.'urément à ja publicité es œuvres de leur fille ; m.. - ils ne commirent pas cette faute. Aucun des essais mentionnés ne fut publié avant 1790 ; les nouvelles ne parurent que cinq
* Revue Suisse, ^856, 336.
ans plus tard. Une seconde tragédie, Montmorency , composée peu après Jane Grey^ c'esL-à-dire vers 1787, n'a pas été imprimée ; elle était cependant fort supérieure à la première et le caractère de Richelieu fut remarqué par des juges sévères en ces matières. Mais les éloges donnés paroles amis ne firent pas oublier à Necker la malveillance et les attaques auxquels s'exposent ceux qui quittent la route battue pour les sentiers moins accessibles.
C'est ce qui arnva cette fois encore. Les larmes que Marmontel avait versées à la représentation des premiers essais dramatiques d'unepetite fille de douze ans ne l'empêchèrent pas de se plaindre, jusque dans ses M é moules, des tours de « l'aimable étourdie)). M""' de Genlis, le « précepteur » des princes d'Orléans, qui devait faire toute sa vie une guerre de plume à M"° de Staël, vantait dans ses lettres à jy^me ]\ec]ier l'instruction peu ordinaire de sa fille ; elle n'en parlait pas moins, à l'occasion, de la mauvaise éducation de M"° Necker, qui passait, disait-elle, les trois quarts delà journée au salon, à discuter avec de beaux-esprits sur l'essence de l'amour. Cela fait songer à la question que Germaine, encore enfant, adressait un jour à la vieille maréchale de Mouchy et que Necker prenait tant de plaisir à rappeler : ({ Madame la Maréchale, que pensez- vous de l'amour » ?
Necker, quand il voyait sa fille trop possédée du désir d'écriie et de produire» la nomuiait « M'"" de Sainte-Ecritoire » ; il parvint pendant un temps à r éloigner si bien de toute idée de publication, qu'elle écrivait dans son journal, à l'âge de dix -neuf ans :