‹ Madame de TencinChapitre 107 sur 200 · Siège de Calais · texte numérisé non relu

Siège de Calais

pétrarquisme adorable : l'un d'eux ne fait-il pas peindre sur son bouclier un Amour, qui tient « son flambeau sur la boucbe, avec ces paroles : je tne nourris de mes feux » ' ? Ils tiennent salon, et y parlent sur un ton très « régence » de leurs maîtresses et de l'amour, qui est pour eux « une espèce de ridicule » ; « La passion de leurs femmes les embarrasse; ils craignent surtout qu'on ne les soupçonne d'en être amoureux : ce sentiment est si sing-ulier, qu'il faudrait, s'ils l'avaient, le cacber avec soin- ».

La réalité contemporaine est traitée avec le même sans façon; il n'est « truc » si g-rossier et si puéril qui ne soit, le cas échéant, utilisé. S'il faut qu'un amant, chassé par un père cruel, revoie une maîtresse idolâtrée, un « hasard providentiel » les réunit sur la g-rand' route : « l'objet aimé » roule en équipage, les chevaux s'emballent, le caresse verse, les dames se pâment, l'amant accourt à la minute favorable, et reçoit dans ses bras, avec l'amante évanouie, de délicieux aveux d'amour : « On s'attend bien, écrit Mme de Tencin, que c'étaient Adélaïde et sa mère; c'étaient effectivement elles ^ ». Quand un personnage est devenu inutile ou gênant, « une maladie de langueur » ou une bonne « fièvre », plus rapide encore, le supprime sans bruit : on « meurt rien que de la douleur d'avoir été abandonné * ».

Le lecteur d'aujourd'hui pourrait ainsi exercer aux

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