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Malheurs de l'Amour

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dépens de Mme de Tencin une ironie facile, qui risquerait pourtant de porter à faux. Elle avait, doit-on le rappeler, un sens trop positif de la vie et une trop riche expérience, pour prendre au sérieux ces fictions de fillette ingénue. Mais que lui importait leur puérilité ou même leur extravagance, si elle ne s'était proposé d'écrire ni des romans pittoresques, ni des romans réalistes, ni même des romans vraisemblables ! Pour jug-er les siens à leur prix, il ne faut pas oublier dans quelle série littéraire ils se rang-ent.

Le succès de Mme de La Fayette avait fait lever derrière elle toute une génération de romancières, qui, comme elle, mélang-eaient à doses inégales l'histoire et la psychologie, et cherchaient dans le passé de beaux cas amoureux rehaussés par des noms illustres. La réputation de Catherine Bernard, de la comtesse d'Aulnoy, de Mlle de la Force, de Mme Durand, de Mlle de la Roche-Guilhem, de la comtesse de Fontaines, de Mlle de Lussan, de Mme de Gomez, et de leurs nombreuses sœurs, est aujourd'hui un peu empoussiérée '. Ces bonnes dames ont pourtant été aussi lues entre 1080 et 1740 que les Daniel Lesueur ou les Marcelle Tinayre au début du xx^ siècle. Il n'a pas manqué alors de critiques considérables, pour promettre à V Histoire d'f/ypolife de Mme d'Aulnoy ou à VEléonor d'Yvrée de Catherine Bernard l'immortalité des chefs-

1. On pourra consulter sur ces romancières l'Histoire littéraire des Femmes françaises de l'abbé de Laporte [118], et surtout le livre très nourri du baron de Waldberg : Der empfindsame Roman in Frankreich, t. I, Berlin-Strasbourg, Trùbner, 1906, 1 vol. in-i2.

LES ROMANS DE MADAME DE TEN'CIN. dol

d'œuvre'. Voltaire, lui-même, crut pouvoir rappeler des Champs-Elysées La Fayette et Segrais, pour les humilier tous deux devant Mme de Fontaines, et pour u mettre Zaïdc aux pieds de la Comtesse de Savoie n^. Pâles répliques de La Princesse de Clèves, tous ces romans féminins en prolongent la gloire, mais sans la rajeunir. A mesure que le g-enre était exploité par des mains inhabiles, il se vulg-arisait : on trouvait plus commode de chercher la nouveauté dans les anecdotes apocryphes d'une pseudo-histoire que dans les délicates analyses du cœur. La Princesse de Clèves pourrait s'intituler Mémoires de la Cour de Henri II, mais tout l'intérêt est concentré dans le cœur douloureux de la princesse, tandis que les Mémoires de la Cour d'Angletei^re, Mémoires de la Cour de Charles VII, les Anecdotes de la Cour de Philippe-Auguste^ Anecdotes de la Cour de François /", Anecdotes de la Cour de Childéric, et tant d'autres romans de même farine, étouffent pour ainsi dire le drame psycholog-ique dans le faste monotone d'une cour fantaisiste, et sous la niaiserie des bavardages sentimentaux. Ceux qui se sentent un g-rand courage, ou qui savent trouver leur amusement partout, pourront feuilleter ces petits livres''. Ils y retrouveront des princes « beaux et bien

1. Fontenelle, Lettre sur Eléonor d'Yvrée [118], II, 482; Laporte, Lettre sur Hypolite, comte de Duglas [118], II, 210.

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