Lettre du 30 juin
ir>6 MADAME DE TENCIN.
cœur réprouve ; ici, c'est une mère jalouse, dont la tendresse pour une fille aimable se chang-e en haine, et qui lui dispute, par la violence, un cœur où elle veut rég-ner sans partag-e ; là c'est une passion toujours heureuse, dont la douceur s'évanouit tout à coup par quelque événement imprévu et funeste' ». C'est ainsi que l'abbé de Laporte, dans son Histoire littéraire dea Femmes françaises^ résume l'œuvre romanesque de Mlle de Lussan ; et, ce faisant, il résume avec exactitude les Me'moiî^es de Comminge et Les Malheurs de V Amour.
Pour qui, d'ailleurs, s'est familiarisé avec les romans de Mme de La Fayette, la « source » première des romans de Mme de Tencin se laisse capter facilement. Son Comminge est une reprise de La Princesse de Clèves et de La Princesse de Montpensier. Si le marquis de Benavidès n'a pas la noblesse douloureuse et g-rave de M. de Clèves, Adélaïde a toute la vertu de la princesse, et Comminge toute l'ardeur de Nemours. Son timide et malheureux rival, ce don Gabriel, trop facilement résig-né et trop vite ridicule, est un frère plus jeune et plus « sensible » du comte de Chabannes. On pourrait multiplier ces rapprochements g'énéraux; il en est d'autres plus menus et plus sig'nificatifs peutêtre : Mme de Tencin ne s'ing'énie pas à renouveler l'éternelle histoire amoureuse par des incidents inattendus : ceux que Mme de La Fayette a rendus populaires, et, pour ainsi dire, classiques parmi les lectrices de romans, lui seront bons : les amants se rencontreront