‹ Madame de TencinChapitre 113 sur 200 · Princesse de Clèves, id · texte numérisé non relu

Princesse de Clèves, id

6. Malheurs de l'Amour, 364 : « Le comte de Blanchefort ne put se défendre de tant de charmes » ; Princesse de Monlpensier [32], II, 299 : « Le comte de Chabannes ne put se défendre de tant de charmes ».

rorig-inalité de Mme de Tencin subsiste presque entière. Dans les romans de Mme de La Fayette, l'intérêt est moins dispersé : ce sont des œuvres cornéliennes, concentrées autour d'un conflit moral. Chez Mme de Tencin il n'y a presque ni drame ni lutte intérieure : chaque roman est plutôt une série de cas sentimentaux reliés entre eux par une intrig-ue quelconque. C'est sur l'étude de ces « cas » qu'elle porte tout son effort. Et, de même que les ing-énieux casuistes ne cherchent pas seulement à résoudre les problèmes posés par la vie, mais qu'ils en inventent pour exercer leur virtuosité, et pour faire montre de leur science, Mme de Tencin se soucie médiocrement de l'inaulhenticité, de l'invraisemblance ou de rindécence d'une hypothèse, pourvu qu'elle arrive ainsi aux situations cherchées, et qu'elle en épuise le contenu; car il s'ag-it moins pour elle de résoudre le cas en moraliste, comme peut faire un romancier à thèse, que de décrire et d'analyser ce cas avec justesse et précision, d'y trouver des nuances nouvelles, inaperçues jusque-là. Étant donnée une situation, dont la réalité ou la vraisemblance n'est pas à discuter, le jeu consiste à trouver l'état d'âme correspondant, et à le résumer, à le concentrer en la plus exacte et la plus courte formule.

En présentant au public l'AVeonor d'Yvrée^ de Catherine Bernard, Fontenelle avait déjà donné la définition du g-enre. Il y demandait une science subtile de l'âme, une étude nuancée des sentiments « avec toute la finesse possible », l'analyse de « certains mouvements du cœur presque imperceptibles à cause de leur délicatesse », « un style précis », qui « rassemble » beau-

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coup de pensées et d'émotions « en fort peu d'espace », où « les paroles sont éparg-nées, et le sens ne l'est pas » '. Deux ans plus tôt, essayant de tracer au théâtre contemporain la voie oùil pourraitse renouveler, l'auteur d'Aspai' caractérisait, avec autant de bonheur et plus de détail, ce roman de pure et abstraite analyse : « Le vrai ne suffit pas pour attirer Taltention, il fautwn vrai peu commun. Tout le monde connaît les passions des hommes, jusqu'à un certain point. Au delà, c'est un pays inconnu à la plupart des gens, mais où tout le monde est bien aise de faire des découvertes. Combien les passions ont-elles d'elTets délicats et fins qui n'arrivent que rarement, ou qui, quand ils arrivent, ne trouvent pas d'observateurs assez habiles?.... La finesse, la délicatesse, enfin l'ag-rément de ces effets de passion, consistent assez ordinairement dans une espèce de contradiction qui s'y trouve : on fait ce qu'on ne croit pas faire ; on dit le contraire de ce qu'on veut dire; on est dominé pas un sentiment qu'on croit avoir vaincu; on découvre ce qu'on prend un grand soin de cacher. Celles de toutes les passions qui fournit le plus de ces sortes de jeux, et peut-être la seule qui en fournisse, c'est l'amour : l'obligation, où sont les femmes, de le vaincre ou de le dissimuler, et la délicatesse de gloire qui fait qu'elles se le dissimulent à elles-mêmes, sont des sources très fécondes de ces contradictions agréables.... Nous ne connaissons pas nous-mêmes combien les romans de notre siècle sont riches en ces sortes de traits, et

i. A une personne, à qui il envoyait le roman d' « Eléonor d'Yvréer>, dont Mlle Bernard passait pour être l'auteur [118], II,

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