Sièpe tte Calais
2. Malheurs de l'Amour, 400-3. — Ce sujet des « droits du mari »,
Au reste, tout y est dit très décemment, je dirais presque : très gravement. Rien ne ressemble moins à du Grébillon fils que les Les Malheurs de CAinour.
Mais cette g-ravité même n'était pas pour déplaire alors : le siècle de La Pucelle est aussi celui de La nouvelle Héloïse. Mme de Tencin publia son premier roman, à l'heure où Manon Lescaut arrachait des larmes aux Parisiens les plus ironistes*. Son œuvre, qui se développe parallèlement à celle de Tabbé Prévost, appartient, comme celle-ci, à cette littérature « sensible », qui trouvera en Rousseau son maître. La dominicaine et le bénédictin défroqués se connaissaient. Quand Prévost, réconcilié avec l'Ég-lise et avec sa congrég-ation, revint à Paris en 1734, « sa première visite, dit Mathieu Marais, fut chez Mme de Tencin, comme de raison » ^ ; il aurait été difficile à l'ancienne religieuse de ne lui être point accueillante. Prévost fréquentait volontiers chez elle ^, lisait soig-neusement les romans qu'elle publiait, et les critiquait dans son journal avec une impartialité plutôt sévère*. Si pourtant il avait été sincère avec lui-même, il aurait dû quelque peu s'y retrouver; non qu'il ait pu g-oûter, dans les Mémoires de Comminye ou Le Siège de Calais, cette aisance fami-
esl pourtant indiqué dans une phrase très brève de La Comtesse de Tende [3:2], II, 282.
1. Manon Lescaut, publiée à Amsterdam en 1731, et réimprimée plusieurs l'ois à l'étranger en 1732, ne fut connue, semble-t-il, du public français qu'en 1733 ; cf. V. Schrœder, L'Abhé Prévost, Paris, Hachette, 1898, 1 vol. in-16, p. 61-2 et 252-3.