‹ Madame de TencinChapitre 118 sur 200 · Siège de Calais, 201, 22o · texte numérisé non relu

Siège de Calais, 201, 22o

quoiqu'ils sachent bientôt que toute passion finit par être douloureuse, et qu'il n'est guère possible d'aimer sans éprouver « les malheurs de l'amour»'. Ils le savent; mais ils savent aussi que dans ces malheurs mêmes — si l'amour répond à l'amour — il reste « je ne sais quelle douceur inséparable de l'assurance d'être aimé». C'est là pour eux la joie souveraine, c'est là « tout l'univers ». Qu'importe s'ils souiïrent ! leur douleur « leur devient chère »"^; ils « trouvent une douceur infinie à s'y abandonner » ; et, si la mort fait à ces amants une séparation éternelle, celui qui reste « nourrit sa douleur de l'espérance que du moins un jour la même terre les couvrira tous deux ». Il n'y a qu'un malheur intolérable, c'est « l'affreux malheur de n'être point aimé » : « Tout était couvert, dit Pauline, par cette douleur déchirante que je n'étais plus aimée... Je me croyais presque coupable de ce qu'il ne m'aimait plus... La terre entière à genoux no m'aurait pas dédommagée du cœur que j'avais perdu » ^ Y a-t-il dans ces g-émissements le souvenir d'une douleur encore vivante? Parmi ces innombrables g-alanteries, la maîtresse de Dubois aurait-elle reçu au cœur quelque secrète blessure? Qui pourrait le dire? Mais, qu'ils aient traduit une souffrance vécue, ou qu'ils fussent seulement des habiletés littéraires, ces cris de passion, « de véritable passion » *, étaient rares alors dans le roman français; et il faudrait remonter jusqu'au roman invo-

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