Mémoires de Fonlenelle
Richelieu à la rue Saint-Honoré, le « mardi « se renouvela. La Motte, qui avait été un des oracles de la marquise, était mort trop tôt pour être compris dans sa succession. Du salon Lambert il ne resta plus à Mme de Tenrin que Fontenelle, Marivaux et Mairan. Ce trio « lambertisle » retrouva chez Mme de Tencin le dîner du mardi ; mais, pour ce jour privilég-ié, la nouvelle « présidente » réserva encore à quatre amis, à Mirabaud, De Boze, Astruc, et Duclos des fauteuils perpétuels autour de sa table. Ainsi se forma le groupe des Sept Sages, désormais la cour permanente de Mme de Tencin '.
Les « sept sag-es » ne se ressemblaient guère Fontenelle, plus que vieux, mais arrivé à cette seconde jeunesse qu'il g-ardera jusqu'à cent ans, se reposait égoïstement dans ses souvenirs et dans sa gloire. A lui seul, il représentait toute une tradition littéraire et mondaine ; et, si incontesté que fût le renom du savant, c'était surtout ce passé vivant en lui, qu'une admiration universelle entourait. Vers la fin de sa vie, diront plus tard les Mémoires de Trévoux, « M. de Fontenelle était comme un monument»'^: il l'était déjà. — Marivaux, de trente ans plus jeune, prolongeait l'esprit du maître, en le raffinant et en le subtiUsant encore. Il parlait dans les conversations les plus abandonnées avec la même minutie précieuse que la Marianne dont il commençait à raconter l'histoire ; dans un salon, comme sur la scène, il se montrait aussi
1. Piron, A Mme de Tencin, sous le nom de VVwms[85 A], VI1I,35 S(|.
2. Mémoires pour l'histoire des sciences el des beaiu'-arls, etc., septembre 1730, Paris, Chaubert et Hérissant, in-24, p. 2300.
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bavard et ingénieux que ses Dorante ou ses Sylvia, et faisait faire avec lui à ses auditrices étonnées « cent lieues sur une feuille de parquet ' ». — Mairan, qui succédera à Fontenelle comme secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, était dès ce temps-là un des plus notables savants de sa compag-nie. Son Traité de l'aurore boréale avait, si Ton ose reprendre une méchante pointe de Voltaire, marf|Ué « l'aurore » de sa gloire-, qui devenait européenne. Ce physicien éminent était un « i»hi[osophe aimable » et un galant homme. Il s'intéressait à tout, et pouvait parler au besoin, avec bonne g-râce et compétence, de musi(|ue, de sculpture ou d'archéologie. Causeur facile et courtois, d'une <■' politesse charmante », sachant écrire une lang-ue noble et sûre, il était très goûté par ses confrères de l'Académie française, qui bientôt l'appelleront à eux ^. — Mirabaud, secrétaire des commandements de la duchesse d'Orléans, avait été militaire et Oratorien, avant de se faire homme de lettres. Depuis long-temps, Mme de Tencin l'avait introduit chez elle, si c'est bien lui, comme je le ci'ois, le mystérieux traducteur de Guarini, dont parlait Hoym dans une lettre de 1716 *. Le public ne connaissait encore de lui que sa terne et infidèle traduction de la Jérusalem délivrée^ qui l'avait fait recevoir à l'Académie; mais ses amis vantaient son érudition, sa hardiesse d'esprit, sa curiosité intellec-
!. \Y kUimhari, Êlofje de Marivaux, Œuvres de d'Alemberl, l'aris. Biilin, 182l\ o vol. in-8, t. III, p. 587.