Épigramme citée par Delort
LE PllE.MlEK « UOIAUME DE LA HLE H'-1I0.\()IIÉ ». 187
n'être plus coquette, à faire oublier qu'elle était femme, et à montrer à tous « une tête bien saine ' ». La demiaustéritê de ce docte cercle répondait à son vœu secret ; c'était pour elle plus qu'une réhabilitation : une revanche ; revanche aussi — et dont sans doute elle était flère, après tant de mépris féminins — d'avoir si vite décourag-é les femmes, qui auraient pu, semble-t-il, désirer pour leurs bons mots cet auditoire d'élite. Peutêtre aurait-elle voulu les attirer et les retenir, car plus elle g-ardait de clients sous sa dépendance, plus elle contentait son besoin de domination ; mais il ne lui déplaisait pas non plus de les intimider. La plupart de ses habitués étaient garçons, les autres laissaient leurs femmes au logis ^. Quelques filles à marier en quête d'épouseurs, quelques débutantes en bel esprit, apparaissaient de loin en loin dans ce salon ; à cela près, les femmes y venaient peu, et de mauvaise grâce. Le respect admiratif de tous ces hommes pour la maîtresse de maison, la considération indiscutée, où elle trônait, les glaçait par avance, et mettait devant elles comme une barrière. Elles se sentaient mal à l'aise près de cette femme si simple, « dont les preuves étaient toujours faites », qui ne pouvait même pas être pour elles une rivale, mais seulement un juge '. Seule, Mme Geoffrin se montrait assidue aux « mardis », en héritière présomptive, qui suppute déjà l'héritage : « La
1. Piron, A Mme de Tencin, en lui envoyant un chapeau de paille [85 A], IX, 137.
2. Jo ne vois guère que Mme Piron, qui ait été conduite par son mari à la rue Saint-Honoré ; cf. Rigoley de Juvigny, Vie d'Alexis Piron [123], 113.