‹ Madame de TencinChapitre 133 sur 200 · Tvub]til, Mémoires de Fonlenelle [iii · texte numérisé non relu

Tvub]til, Mémoires de Fonlenelle [iii

rature seules. Elles voulait, au contraire, les rapprocher davantage de la réalité ; elle conseillait même, à ceux qui auraient été tentés de ne vivre que pour leur art, « de s'assurer d'abord une existence indépendante des succès littéraires, et de ne mettre à cette loterie que le superflu de leur temps : malheur, disait-elle, à qui attend tout de sa plume ; rien de plus casuel : l'homme (|ui fait un livre ou une tragédie n'est jamais sûr de rien » '. Nul, plus qu'elle, ne respectait le talent, mais, pour en grandir le prestig-e, elle voulait le soustraire aux préoccupations matérielles, et le placer hors des atteintes de la vie. Elle ouvrait donc son salon à tous, pour que chacun pût profiter de tous. Financiers, courtisans, militaires, hommes de robe ou d'Église, venaient chez elle, non en spécialistes, mais en g-ens du monde, à qui rien d'humain n'est étranger. Tous, sans distinction de caste, y recevaient le même accueil courtois et y fraternisaient dans un môme sentiment de respect pour « l'égale dignité des intelligences » : le mot est de Marivaux ^, et caractérise à la fois le siècle qui a mis la gent de lettres à si haut rang-, et la femme qui a senti, l'une des premières, la puissance sociale de l'esprit. Dans ce monde nouveau des « intelligences », Mme de Tencin trouva les mêmes succès que jadis dans les alcôves; c'était une élégance de se faire admettre chez elle, et la visite de son salon était recommandée aux étrangers de distinction. Les Anglais surtout y venaient très nombreux. Si, dans ses romans, elle s'est complue à décrire des amitiés et des amours

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