‹ Madame de TencinChapitre 134 sur 200 · La Vie de Marianne · texte numérisé non relu

La Vie de Marianne

qui se lient fortement des deux côtés de la Manche ', c'est que la vie quotidienne lui en fournissait des exemples. En repassant le détroit, les Bolingbroke, les Prior, les Schaub n'avaient point oublié leur amie ou « leur femme », et, de loin, se faisaient auprès d'elle les introducteurs de leurs plus éminents compatriotes. Mais tout Anglais ne se sentait-il pas un peu chez soi dans une maison où il était sûr de rencontrer Montesquieu : Montesquieu, si familiarisé avec toutes les illustrations d'outre-Manche, si cosmopolite par la pensée, si soucieux de renouveler et d'étendre toujours ses amitiés de l'étranger ? C'est par lui que furent présentés à Mme de Tencin le comte de Guasco, le comte Daniskiold, Martin Ffolkes, Chesterfield ^ et bien d'autres. Qui ne connaissait point le salon de la rue Saint-Honoré, ne connaissait point Paris. N'y passâton que quelques jours, on voulait être reçu sous « ce toit simple et modeste »,

séjour divin, réduit céleste,

dans lequel être admis vaut mieux que de posséder tout le reste'.

Revenus chez eux, ces hôtes d'un jour racontaient avec fierté leur initiation dans le sanctuaire de l'esprit français, et se paraient d'un mot bienveillant de « la prêtresse » comme d'une faveur royale. La lettre suivante, écrite par Chesterfield, par un des représen-

l.Cf. dans Le Siège de Calais, Mlle de RoyeetMilord d'Arondel, dans les Anecdole.i, M. de Saint-Martin et Mlle de Lascy.

2. Cf. ses lettres à Guasco et à Martin Ffolkes [87], 259 et 26:i.

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