Marmontel, Mémoires [133], I
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voisines de Mme de Tencin par leur passé, leur g-enre de vie, les nuances les plus délicates de leur caractère, pour que l'identification puisse laisser quelque doute' ; les contemporains du moins n'hésitaient pas devant ces portraits : c'est Mme de Tencin qu'ils étudiaient et admiraient chez Mme Dorsin. Les Kti^ennesaux Dames de 17G3, passant en revue les femmes illustres du xviir siècle, empruntent à La Vie de Marianne^ mais sans la citer, une de ses pages les plus justes, pour caractériser Mme de Tencin^. L'auteur anonyme qui a rédigé l'article ne serait-il pas Marivaux lui-même? Le libraire laisse entendre dans sonavertissement, qu'il doit à d'obligeantes communications quelques notices de ces Etrennes : ne peut-on pas supposer que Marivaux aurait voulu avant sa mort déclarer publiquement ce qu'il pensait de son amie''? — Entrons donc dans le salon de Mme Dorsin : nous y verrons Mme de Tencin. Les souvenirs très précis du « Solitaire », les indications malicieuses de Duclos, réalistes de Piron, aigrelettes de Marmontel, permettront d'apporter quelques relouches à ce portrait trop idéalisé peut-être.
Celle que ses dévots nomment « la prêtresse du temple r.^ est une prêtresse facile et qui ne pontifie g-uère.
1. Mme de Tonins a le même âge, la même « mauvaise santé », le même cynisme tranquille que Mme de Tencin ; elle aussi, inspire le respect, et « jouit d'une considération assez peu méritée » (Lps Confessions du Comte de '" [86], 92-'J5).
2. G est le morceau qui débute ainsi : « A ce cœur excellent, à cet esprit si distingué, elle joignait une âme forte, etc. ». [82], 294.
?>. Étvenneu aux Dames [112 bis~\ I, 38-9. La page est reproduite dans Hlistoire littéraire de Laporte [118], Ml, 222 et dans le liiclionnalre portatif des Femmes célèl)res [119], 588-9.
i. l'iron, V Amitié médecin [8iJ A], Vlll, 98.
LE PREMIER « ROYAUME DE LA RfE S^'-HONORÉ ». 20 1
Vieillie maintenant et fatig-uée, elle ne se soucie plus de sa fig-ure. On ne sent même plus, à la reg-arder, comme dit Fontenelle, « que l'amour a passé par là » ' . Elle s'enveloppe de « simplicité et de bonhomie », prend plaisir à faire la « ménag-ère » et à s'embourg-eoiser'-. Et pourtant elle a g-rand air, et serait « digne de présider partout » '. Elle apparaît à tous « si considérable et si importante » qu'il est impossible de lui refuser le respect. Elle préside admirablement, parce qu'elle semble présider pour les autres et non pour elle. Quoiqu'elle ait « plus d'esprit que ceux qui en ont beaucoup », elle se trouve toujours de niveau avec son interlocuteur, « a toujours l'esprit de la personne à qui elle a affaire », et ne cherche à le saisir que pour s'y conformer. On ne sent même pas « qu'elle règ-le son esprit sur le vôtre », tant l'harmonie parait spontanée. Personne ne peut craindre de manquer d'esprit avec elle : « elle n'en désire jamais plus que vous n'en avez; et c'estqu'en effet elle n'en a elle-même alors pas plus qu'il ne vous en faut » S Ce serait un raffinement de délicatesse, si ce n'était avant tout une intuition utilitaire.
La tradition de Mme de Lambert, et par elle du xvii^ siècle, se prolong-e dans ce salon ; non qu'un Despréaux ou un La Bruyère eussent voulu fréquenter chez l'amie de Cydias : ils y eussent trouvé trop de beaux esprits, et pas assez d'honnêtes g'ens, un irres-