‹ Madame de TencinChapitre 144 sur 200 · MADAME HE TE.MCIN · texte numérisé non relu

MADAME HE TE.MCIN

de plus délicate jouissance que d'entendre des idées choisies formulées en une lang-ue parfaite. Les Sévig-nés d'alors auraient trouvé malaisément des auditeurs mieux disposés, ou qui fissent plus de cas d'une réputation épistolière. Quand Mme Dupin, provisoirement exilée à Ghenonceaux, décrivait à Mme de Tencin les plaisirs des champs, quand Benoît XIV se mettait en frais de galanterie et de beau style pour la sœur de « son cher cardinal », quand Chesterfield se faisait près d'elle le chaperon de quelque belle Anglaise, ils savaient bien — on se rappelle leurs aveux — qu'en écrivant à la dame de la rue Saint-Honoré, ils s'adressaient, derrière elle, à toutson salon, etqu'«ellen'aurait point l'injustice de garder leurs lettres pour soi seule », si elle les jugeait « jolies' ». On ne se contentait point de se les passer de mains en mains ; on les lisait à haute voix, et non sans quelque cérémonie, comme une églo- (juc ou un dialogue des morts. Mme de Tencin ellemême va nous conter la chose : « Je voudrais, mylord, répond-elle à Chesterfield, que vous eussiez été témoin de la réception de votre lettre. Elle me fut remise par M. de Montesquieu, au milieu de la société que vous connaissez Ce que vous me dites de flatteur m'empêcha quelques moments de la montrer; mais l'amour-propre trouve toujours le moyen d'avoir son compte : le mien me suggéra que c'était une injustice de vous ravir, sous prétexte de modestie, des louanges dignes de vous. La lettre fut donc lue, et ne le fut pas pour une fois. Il faut vous l'avouer, l'elfet qu'elle produisit fut bien différent

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