Mme de Tencin à Mme Dupin, Lettre du 30 juin 1735 [I9J
LE PREMIRU « ROYAUME DE LA UUE S^-IIONORÉ ». 205
de celui que j'attendais : ce mylord se moque de nous, s'écria M. de Fontenelle, qui fut suivi des autres, d'écrice en notre lang"ue mieux et plus correctement que nous. Qu il se contente, s'il lui plait, d'ôtre le premier de sa nation, d'avoir les lumières et la profondeur de g-énie qui la caractérisent ; et qu'il ne vienne point encore s'emparer de nos grâces et de nos g-entillesses. — Les plaintes et les murmures de l'assemblée dureraient encore, si, après avoir convenu bien franchement de vos torts, je ne m'étais avisée de rappeler les agréments et la douceur de votre commerce. — Qu'il nous revienne donc, dirent-ils tous à la fois; nous lui pardonnerons alors d'avoir plus d'esprit que nous ».Pour montrer cependant au noble lord que. ces parisiens ont encore de « l'esprit », on charg-e Mme de Tencin de lui transmettre tous ces gentils marivaudages : la réponse se fait pour ainsi dire collectivement ; et Fontenelle, interprète autorisé du salon, y joint une apostille badine, où la louange se glisse délicatement sous le couvert d'un conseil'. Ce sont là divertissements, dont le charme nous parait aujourd'hui suranné; mais il n'y en a peut-être pas, qui manifestent de façon plus signilicalive l'idéal littéraire d'une société trop soucieuse d'élég-ance et de bon ton, où les plaisirs de l'esprit se sont anémiés, et restent fort au-dessous de la vie quotidienne.
Ces plaisirs édulcorés, Mme de Tencin les variait de son mieux pour les hôtes de ses « mardis ». Elle leur réservait souvent la primeur des œuvres nouvelles, ou