Le Solitaire des Pyrénées
208 MADAME DE TRNCIX.
Ainsi elle conservait dans son salon ce besoin de diriger, qui lui rendait si attirante et si douloureuse la vie politique. Elle narguait le lieutenant de police, en introduisant à sa barbe des livres prohibés, avec autant déplaisir qu'elle aurait joué un bon tour au Maurepas', et complotait une élection académique comme le remplacement d'une maîtresse royale. Elle livra sa plus rude bataille pour Marivaux, son vieil ami. Elle prétendit, quelques semaines plus tard, qu'elle n'avait jamais intrig-ué quepourlui: « Cette affaire, disait-elle, lui avait donné tant de peine qu'elle s'était promis, et qu'elle avait promis à ses amis, de ne leur plus parler pour personne- » ; mais cette déclaration de principes, n'était ce jour-là qu'une fin de non-rece voir :Saint-Aulaire venait de mourir; la duchesse d'Aiguillon, qui convoitait le fauteuil vacant pour l'abbé de La Bletterie, son protégé, avait fait prier Mme de Tencin de prendre en main la candidature de l'abbé. Ce M. de La Bletterie était « appelant et rappelant » : la sœur du président du conseil d'Embrun aurait eu mauvaise g-râce à solliciter ses amis pour un janséniste. Et puis, et surtout, Mairan, lui aussi, espérait la place; c'était pour ce « sage » qu'elle réservait toute son influence, qui fut, d'ailleurs, efficace''; mais, comme la duchesse d'Aiguillon était nièce de Richelieu, il convenait de ne point répondre brutalement, et de dissimuler ce refus personnel der-
1. En 1745, Mme de Tencin avait introduit dans Paris et reçu en dépôt Le Contrôleur du Parnasse de l'abbù d'Estrée : cf. le rapport de l'exempt Tapin, du 21 décembre 1745 [94].