Lettre du 2 novembre
o. Cf. l'Avertissement de La Princesse de Navarre [70], IV, 273-4.
médiocre entrain, et sans lui dissimuler qu'elle jug-eait Voltaire impropre à la besogne : « Il faut que vous me mandiez à peu près ce que vous voulez que je dise à Voltaire, supposé que vous vouliez encore que je lui parle. A propos de Voltaire, ce cher homme a envoyé à d'Arg-ental, pour votre divertissement, un premier acte dont il n'est point content. Il me charge de vous écrire, que vous aurez du plus mauvais, si vous voulez exig-er de Voltaire du plaisant. Souvenez-vous, s'il vous plaît, que l'esprit prend toutes sortes de formes, excepté la gaîté.... Je crains fort que Voltaire n'ait pas fait de bonne besog-ne; je crois que d'Arg-ental même n'en est pas content. Pour moi, je n'en ai rien vu. Vous sentez que mon avis, attendu les beaux-esprits qui m'entourent n'aurait aucun poids sur Voltaire >>*. Jamais le poète ne peina si fort que pour cet humble divertissement. Lui, qui avait bâclé Zaïre en trois semaines, s'énerva dix mois sur La Princesse de Navarre : Mme du Ghâtelet s'affolait, suppliait d'Arg-ental et Richelieu « de g'arder leurs critiques pour un autre temps », s'ils ne voulaient pas « faire mourir » son ami-. Ce fut la pièce qui mourut. Elle fut reçue fraîchement à la Cour. On ne manqua pas d'en rire à la rue Saint-Honoré, et Piron avec quelque irrévérence laissa la comédie de Voltaire sur la chaise percée de Mme de Tenciii\ Je croirais volontiers qu'elle ne protesta pas, ni « ses
1. Lettres des 8 et 12 mai et du 20 juillet 1744 [2J, 289, 300, 380.
2. Mme du Chàtelet à. d'Aryental, lettres des 8 et 10 juillet 1744, éd. Eug. Asse, Paris, Charpentier, 1878, 1 vol. in-18, p. 459-461.