Lettre du 24 juillet
donné à son g-oùler; il mang-ea son pain très sec. Il est vrai que M. de Turg-i (son g-ouverneur) et Astruc nous auraient bien relevés de sentinelle, si nous avions voulu en agir autrement' ». Mais, pour se divertir ainsi à de jolis riens, il faut des loisirs et une imagination libre ; le plus souvent, quand elle écrit à Richelieu, elle pousse, pour ainsi dire, les uns sur les autres, les faits, les idées et les sentiments, dans un élan de convoitise, qui emporte tout. Elle va droit aux choses, et les mots suivent comme ils peuvent : c On dit bien quand le cœur conduit l'esprit », affirme-t-elle quelque part (342); ce qui signifie pour elle : « quand on sent fortement, on rend vivement et justement ». Si rapide, ou si nég-lig-é qu'il soit, son style n'est jamais médiocre, parce que l'ardeur qui le soutient, elle non plus, n'est pas médiocre.
Elle le sentait bien elle-même. Un jour, elle fait écrire par l'abbé Poissonneau une lettre anonyme, dont elle ne veut point qu'on reconnaisse l'inspiratrice : Il sera impossible, dit-elle à Richelieu, de me découvrir derrière mon secrétaire ; et d'avance, elle le rassure par un post-scriptum, qui trahit toute la conscience du styliste : «. Je ne veux pas manquer de vous dire que le style de l'abbé Poissonneau est dilïorent du mien comme le jour et la nuit » (300). Le post-scriptum n'était point nécessaire : on savait autour d'elle faire « la ditlérence ». On savait qu'elle avait une plume très distinguée, et on l'utihsait : « J'ai oublié de vous dire une chose plaisante, raconte-t-elle à son ami... Le Roi a