‹ Madame de TencinChapitre 160 sur 200 · Lettre du fi août · texte numérisé non relu

Lettre du fi août

('•crit une très jolie lettre à Mme de Laurag-uais. Elle rliargea Pont-de-Veyle de la réponse, et Pont-de-Veyle m'en chargea à son tour, sans, comme vous le croyez bien, dire que je la ferais. J'ai donc fait cette lettre ; si on ne l'a pas gâtée, elle est très bien, je vous assure. Je voudrais de tout mon cœur que la princesse (Mme de Ghîiteauroux) me donnât la même commission ; mais il n'y a pas moyen ; je lui écris avec une simplicité qui ne doit pas lui donner opinion de mon style » (311). C'est qu'alors une certaine prudence et réserve diplomatique amortissait sa flamme. Ici, elle se livre tout entière. Mais le style reste chose secondaire; elle marche à la conquête du pouvoir, non avec tout son art, mais avec tout son tempérament; les mots, les phrases disparaissent: on lu voit elle-même s'ag-iter et vivre. Elle vit d'abord et surtout, semble-t-il, par ses haines : toute sa vigueur s'y est ramassée. Quand elle tâche, suivant son mot (166), de « barrer » un ennemi qui la gêne en ses combinaisons : M. de Rennes, cet « audacieux, pour ne rien dire de plus « (95), d'Arg-ental, ce « nig-aud » (162), d'Arg-enson, ce fêtard (176), La Peyronie, ce « drôle très dangereux » (101), M. de Mirepoix, ce « plat moine » (313), Mme de Boufflers, u la plus tracassièrc et la plus méchante de toutes les femmes » (297), — on sent qu'elle voudrait pouvoir anéantir tous ces obstacles vivants, contre lesquels elle s'irrite. Parfois la lucidité de son regard s'obscurcit; elle ne voit plus que ce que sa haine veut voir : la princesse de Rohan a quitté Richelieu; comment pourraitelle encore être jolie? « Je ne sais si le chagrin que j'ai conçu contre elle l'a enlaidie, ou si elle est chang'ée

effectivement, mais elle ne me parût point bien » (189- 190). — Il serait à craindre que la Poule succédât bientôt à sa sœur comme maîtresse royale. A tout prix, il faut éviter cette révolution de sérail : Mme de Flavacourt doit être laide. La voilà dans le carrosse de la reine, dont elle est dame du palais : « La Poule était jaune en perfection. Je l'ai reg-ardée de tous mes yeux, et j'ai eu la satisfaction de la trouver comme je la veux » (334). Mais il est quelqu'un sur qui toute sa haine se concentre, d'autant plus violente et rag-euse qu'elle doit se dissimuler, c'est Maurepas, « le plus méchant » de tous leurs ennemis, « ce cher homme qu'elle hait de tout son cœur », ce courtisan médiocre et « leg-er, au cœur perfide », qui les déteste, elle et son frère, et se met sournoisement au travers de leurs ambitions*. Il n'est g-uèrede lettres qui ne contiennent ce nom exécré. Sa haine l'a rendue ici clairvoyante; on peut parler de ce ministre frivole et vain avec moins de brutalité ; il est difficile pour le fond de n'être pas aussi sévère que Mme de Tencin : « C'est un homme faux, jaloux de tout, qui, n'ayant que de très petits moyens pour être en place, veut miner tout ce qui est autour de lui, pour n'avoir pas de livaux à craindre. II voudrait que ses collèg-ues fussent encore plus ineptes que lui, pour paraître quelque chose. C'est un poltron, qui croit toujours qu'il va tout tuer, et qui s'enfuit en voyant l'ombre d'un homme qui veut résister. Il ne fait peur qu'à de petits enfants. De môme Maurepas ne sera un grand homme qu'avec des nains,

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