‹ Madame de TencinChapitre 16 sur 200 · Lettre du 3 juin 1715 [42 B], II · texte numérisé non relu

Lettre du 3 juin 1715 [42 B], II

4. Cf. une chanson de 1716 Ci] [43 B], XIII, 279; je cite le texte plus adouci d'un manuscrit de la Mazaiine, n° 3982, p. 54 :

Bolingbroke es-tu possédé? Quelle est ton idée chimérique " de famuser à caresser la lille de Saint-Dominique?

Penscs-tu donc plaire au Régent, suivant toujours celle guenippe qui l'a quitté depuis trois ans.

11 a juré par saint Philippe, qu'il mépriserait tout mortel sacrifiant à cet autel.

étendait son « règne ». Le chevalier Destouches, Ueulenant-généralde rarlillerie, qu'on appelait Deslouches- ('anon pour le distinguer du faiseur de comédies, s'était oll'ert, et n'avait pas été i-efusé. II avait environ qualante-cinq ans. C'était un esp.nt facile, délicat, très artiste, adorateur de Virgile, un cœur « vrai, droit, noble et tout à ses amis » ' ; mais le tempérament était mou et libertin : le chevalier aimait les plaisirs, la table et les femmes. Fénelon, qui l'avait connu lors du passage (ie l'armée à Cambrai, le jug-eait délicieux, et ne pouvait s'empêcher de l'aimer: « Si vous alliez montrer ma lettre à quelque grave et sévère censeur, lui écrivait-il un jour, il ne manquerait pas de dire : pourquoi ce vieil l'vêque aime-t-il tant un homme si profane? Voilà un urand scandale, je l'avoue; mais quel moyen de s'en corriger »"-? Et il ne s'en corrigeait pas; il continuait à l'appeler « mon cher bonhomme » ', et à lui insinuer la morale chrétienne sous le couvert d'Horace, d'une plume légère, affectueuse et discrète. Il faut être très indulgent au chevalier Destouches, puisque Fénelon l'a tant aimé, lui être aussi très reconnaissant, puisqu'il a mis un dernier sourire à la vieillesse de son noble ami. — L'esprit, la verve, les grâces encore fraîches de Mme de Tencin, durent le séduire infiniment. Il songeait même à l'épouser, mais on lui fit savoir au Parlement que la situation irrégulière de la chanoinesse

1. Fénelon à Doslouches, lettre du li avril 1714, Lettres et Opuscules inédits de Fénelon, Paris, Leclèrc, 1850, 1 vol. in-8, 11. 108-9.

Page 1