‹ Madame de TencinChapitre 164 sur 200 · Lettre du 20 mars · texte numérisé non relu

Lettre du 20 mars

rue Saint-Honoré » •. S'il s'agit de liaisons moins fugitives ou plus considérables, elle les traite en affaires sérieuses, mais en affaires. La princesse de Rohan, maîtresse de Richelieu, aurait voulu devenir maîtresse royale; par un dépit amoureux d'un nouveau g-enre, elle en voulait à son amant de ne lui avoir point facilité cette dernière étape, et d'avoir rais tout son crédit au service do la Tournelle. La princesse boudait le duc. et parlait de rupture. Mme de Tencin s'émeut. Les Rohan sont une alliance utile pour le parti de son frère ; mieux vaudrait que Richelieu fût conciliant : « Je vous conseille, si vous l'aimez détacher de la ramener; c'est la seule femme de la cour, dont on puisse faire une amie aussi bien qu'une maîtresse » (7). Mais, que ce soit rupture définitive ou « raccômmodag-e plâtré », il faut faire vite: « Encore une fois, je suis fâchée de votre rupture avec Mme de Rohan. Tàtez-vous bien;... Si vous l'aimez véritablement, je ferai l'impossible pour vous raccommoder. Si, au contraire, vous n'avez pour elle qu'une fantaisie, il vaut autant finir présentement que dans deux mois » (10). Richelieu hésite ; il rompt, mais avec des reg-rets; elle les lui secoue durement, presque brutalement : « Est-il vrai que la princesse de Rohan vous a quitté, et en ètes-vous fâché? Je ne le serais point à votre place. Dès qu'un domestique manque d'affection, quelques bonnes qualités qu'il ait d'ailleurs, il n'est plus dig-ne de nosreg-rets... Je serais bien fâchée que cette aventure vous causât quelque peine. A votre place, je n'en aurais aucune. En vérité

ce n'est pas ces sortes de caractères pour lesquels on peut prendre un attachement durable » (182, 198). 11 serait bon pourtant que la princesse ne portât point son amour ailleurs. Mme de Tenein « continue à l'étudier », et s'eflbrce « le plus adroitement possible d'en tirer quelque chose » : « Elle dit qu'elle n'a personne, écritelle à Richelieu ; Dieu le veuille » (190, 198) ! Mais cette amante disponible voulait « avoir » quelqu'un ; et bientôt le duc apprend par son amie qu'il y a « quelques chinbnnag-es » et « beaucoup d'ag-aceries » entre la Rohan et le d'Arg-enson (224, 265). 11 faut les laisser faire, disait Mme de Tenein; il ne faut pas se brouiller avec une femme, avec celle-là surtout : « 11 ne faut jamais se mettre hors de mesure avec ces sortes de femmes (266)... Je sais, mon cher duc, que vous savez vous conduire parfaitement, mais je croirais qu'il faut ménager une femme qui peut nuire, et qu'un ennemi de plus est bon à éviter. Vous faites si peu de frais pour plaire, qu'il ne vous coûtera pas beaucoup de soins pour lui ôter toute idée de vengeance, si naturelle aux femmes » '. Elle a trouvé du reste sur qui dirig-er les ardeurs encore jeunes de Richelieu: c'est la Laurag-uais, la sœur de la favorite : « Pour moi, je suis toujours d'avis que vous la preniez, bien sûr que, si vous le voulez, vous en viendrez à bout ». Ce sera de l'amour, et ce sera en même temps de bonne politique : le Roi, la Chàleauroux, la Boufflers en sauront g-ré au duc (338).

C'est ainsi qu'elle parle toujours à son ami des

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