‹ Madame de TencinChapitre 165 sur 200 · Lettre du 30 septembre · texte numérisé non relu

Lettre du 30 septembre

iliosesde la galanterie ou de la débauche, froidement, sans indig-nation ni surprise, en femme qui connaît tout, et que rien n'étonne plus ; et elle le dit avec une franchise de lang-age, qui serait cynique, si elle n'était d'abord indifférente : « La Monconseii a très grand crédit auprès de d'Argenson ; apparemment faute de mieux, il couche encore avec elle » (158). — « Si les d'Argental avaient eu l'un et l'autre le sens commun, ils auraient profité du crédit que le cocuage leur donne sur Solard, pour le gagner entièrement à mon frère » (162-o). — « D'Argenson a plus d'une femme avec qui il prend la goutte ; Mme de Monconseii a des rendez-vous avec lui à Neuilly ou dans d'autres maisons secrètes, où ils passent ensemble une partie de la nuit. Il y en a encore une antre qui, je crois, est pour le plaisir » [VJ8). — « Votre petite marchande de la rue Saint- Honoré triomphe et trompe tant qu'elle peut son amant; il faut convenir qu'il le mérite bien : qui diantre a jamais placé sa confiance dans une guenipe? cela n'est permis que quand on sort du collège » (80). Tout est raconté sur ce ton et avec ce sang-froid ; sa plume ne connaît aucune réserve, ni celle des idées, ni même celle des mots. Elle surveille l'intendant de Richelieu ; elle veut savoir si vraiment, comme on l'avait rapporté au duc, il « faisait dépense auprès de certaines petites femmes ». Eh bien ! non, l'intendant « est au contraire très économe et très mesuré sur ces sortes d'amusements » (15). Il n'est conversation masculine qu'elle n'ose entendre ou répéter. Elle redira avec Maurepas : « Ce bougre de Tencin ne partira-t-il pas bientôt pour Lyon?... La Ghâteauroux sera chassée,

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el son maquereau, malgré sa charg-e, (c'est Richelieu, premier gentilhomme de la chambre) avalera bien des couleuvres » (283). Elle écrit au duc : « On a fait des chansons sur Tôvêque de Rennes, si ordurières qu'on n'a osé me les donner; je lâcherai pourtant de les avoir pour vous les envoyer » (128). Il n'y a là aucune recherche de l'obscénité pour elle-même, mais l'inconsciente impudeur d'une femme, qui ne se souvient plus qu'elle l'est, et qui veut pouvoir tout entendre et tout dire.

Ce n'est pas en amour seulement qu'elle cherche à se dég-ag-er des habitudes et des préjug-és féminins ; partout elle voudrait échapper à son sexe. Elle a tracé quelque part le portrait de « la femme telle qu'il la faut» : «aimable, de la douceur, de l'esprit, de la sûreté dans le commerce » (333). Ce sont là des qualités de second plan, des qualités passives ; dès que les femmes veulent agir, elles sont pitoyables, et compromettent tout par leurs bavardag-es (43), les bizarreries de leur sentimentalité, leur inintelligence du réel : « elles parlent toujours de ce qu'elles désirent, tout impossible que cela soit » *. Cette femme a pour les femmes un franc mépris, et jamais homme n'a été plus dur pour elles : « On ne maîtrise les femmes qu'en les faisant parler et en les prenant par leurs paroles. Il faut espérer que celle-là ne vous estimera pas assez pour ne pas vous craindre ». — « Il est toujours dang-ereux d'avoir des femmes pourennemies ». — « Les femmes sont aussi dangereuses ennemies que faibles amies ». — « La

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