‹ Madame de TencinChapitre 167 sur 200 · Lettre du 2'-2 juin · texte numérisé non relu

Lettre du 2'-2 juin

MADAME DE TEXCIN ÉPISTOfJF.RE. 243

fil il de son côté des soupers sous le nez, où il boit au point de ne pouvoir ni se montrer, ni travailler « (177-8). Le public est leur complice par son insouciance : « Ne croyez pas que l'on soit fort occupé ici de notre armée et du mouvement des ennemis. Pas un mot. Un opéra nouveau, qu'on a joué mardi pour la première fois, et le procès d'une Mme d'Anisi, qui plaidait en séparation avec son mari, fait le sujet de toutes les conversations. Il faut assurer que voici un bon pays pour la frivolité >> (154).

Mais le grand coupable, c'est le Roi ; à un moment où la France presque entière mettait encore son espérance dans la jeunesse de Louis XV, Mme de Tencin, plus lucide, a pressenti l'incurable veulerie de cette volonté ; « la nonchalance du maître » l'étonné *, elle ne peut s'y résigner ; et son indignation est intarissable : « C'est un étrange homme que ce monarque, disait-elle souvent... rien dans ce monde ne ressemble au Roi (141, 155)... Ce qui se passe dans son royaume paraît ne pas le regarder; il n"est alTecté de rien ; dans le conseil, il est d'une indilTérence absolue : il souscrit à tout ce qui lui est présenté. En vérité, il y a de quoi se désespérer d'avoir affaire à un tel homme; on voit que, dans une chose quelconque, son goût apathique le porte du côté où il y a le moins d'embarras, dùt-il (Ire le plus mauvais... Il est comme un écolier qui a besoin de son précepteur, il n'a pas la force de se décider... On prétend qu'il évite même d'être instruit de ce qui se passe, et qu'il dit qu'il vaut encore mieux ne

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