‹ Madame de TencinChapitre 183 sur 200 · L'abbé de Saint-Pierre · texte numérisé non relu

L'abbé de Saint-Pierre

2. Sic. Peut-être y a-t-il iaute de lecture ou d'impression. Ne faudrait-il pas lire : « je vous admire de vous amuser » ?

3. Mlle du Bouchet épousa plus tard le neveu de Mme de Tencin, d'Argental.

nous avons diné chez le commandeur. Nous avons fait ce que nous avons pu pour obtenir de Madame du Bouchet de rester encore quelques jours; mais il n'y a pas eu moyen, elle s'est piquée de suivre sa première résolution. Son opiniâtreté lui a paru fermeté, et elle s'en est remerciée. Rien ne prouve plus le mérite de la fiUc que la sottise de la mère: il faut que l'une soit bien aimable, pour faire supporter l'ennui que l'autre donne. Je vous avoue que, pour moi, elle me met dans des impatiences que j'ai beaucoup de peine à dissimuler. Nous avons résolu de les aller voira la campag-ne; je m'y suis déterminée, parce que l'on m'a assurée qu'on la voyoit moins là qu'ailleurs. N'ètes-vous pas bien aise que le commandeur nous reste? pour moi, je meurs de peur que quelqu'un ne l'enlève à notre société. Il trouvera quelque joli minois qui lui plaira, et nous ne le verrons plus. J'en serois tout à fait afflig'ée : il gagne beaucoup à être connu; j'ai des preuves, en mon particulier, de sa droiture et de la bonté de son cœur. Je vous dirai cela, quand nous aurons quelqu'une de ces conversations, où vous avez la complaisance de paraître oublier l'heure.

Adieu, ma belle petite dame: il faut, s'il vous plaît, que cette lettre vaille quelque chose à l'abbé; si vous m'aimez, vous l'embrasserez pour moi des deux côtés. M. de Fontenelle dit qu'il a toujours aimé ce qui n'était que simplement joli, que vous jugiez par là de ce qu'il sent pour vous! J'ai eu bien de la peine à vous dire quelque chose d'aussi galant de sa part; mais il m'a menacée, à mon refus, de vous l'écrire lui-même. Je vous embrasse, ma chère friponne, d'aussi bon cœur

que je vous demande d'embrasser Tabbé, qui est vôtre, et qui n'est plus que vôtre.

19 bis*. Lettre au cardinal dePI'iiry, du G scptemhre 1739, Archives des Affaires étrangères, Mémoires et documents (petits fends), n» 1558, f»» 178-9 ; autographe.

Je suplie V[otre] E[minence] de me permettre de faire ce que mon frère feroit s'il étoit ici c'est Monscig-neur de prendre la liberté de vous solissiter en faveur de M. le présiden Baral notre cousin g-ermain*. ses long-s servisses luy donnent droit d'espérer que vous vousdrès bien pencer a luy pour remplir la place de premier président du parlement de Grenoble que la mort de Mr de Gramon vien de laisser vacante. Les bontés dont V[olre] Eiminence] honore mon frère fortifie cette espérance. Nous en attendons dans cette occasion Monseig-neur ce nouveau témoignag-e. il ne pourra rien ajouter à ce que nous sentons de respect, de tendresse et d'affection, ces sentiment nont pas attendu la reconnaissance pour naitre en nous.

Jay Ihonneur d'être de Vrotre] ELminence] Monsei-

1. Le président de Banal, présiflent à mortier au Parlement de Grenoble, convoitait la succession de M. de Gramont qui venait de mourir le 3 septembre. On trouvera dans le même dossier toutes les pièces de cette candidature, qui fut malheureuse ; voici en effet (fo 183) la réponse de Fleury à Mme de Tencin (minute autographe) : « A Mme de Tencin. 7 septembre 173U. Je suis bien lâché, Madame, de ne pouvoir faire ce que vous souhaitez pour M. le président Baral, mais il y a plus de quatre ans que le Roi a pris un engagement qu'on ne peut se dispenser de remplir. Je connois le mérite et les services de M. de Baral, et je souhaite qu'il se présente quelque autre occasion de luy rendre service. Je vous prie d'être persuadée aussi de tous les sentimeots avec lesquels je suis, Madame, le ca»"dinal de Fleury. »

^neur avec le plus respectueux dévouement la très humble et très obéissante servante.

De Tencin.

à paris ce (i 7'"''".

20. Lettre de Mme de Tencin au pape {Benoit X/V) pour le remercier de son portrait qu'il lui avait envoyé, de janvier 1742, dans les Mélanges historiques de Boisjourdain [liO], 11, 45-6.

Très Saint-Père, le portrait de Votre Sainteté, dont elle a daigné m'honorer, n'est pas chez moi sous un dais ; mais, à la place de cette marque extérieure de respect qui m'est interdite, mon cœur rend à Votre Sainteté un hommage plus dig-ne d'elle, et, si j'ose le dire, peut-être plus flatteur; c'est, Saint-Père, celui de ma tendresse, de ma soumission et de mon zèle, sentiments dans lesquels je ne le cède pas même à mon frère. Ce n'est plus le chef de l'Église qui me les inspire; je prends la liberté de vous dépouiller de tout ce qui vous est étranger, pour admirer les rares qualités et les hautes vertus qui vous sont personnelles. Avant que votre nom put être mis au nombre de ceux qui ont illustré la tiare, vous teniez le premier rangparmi les savants les plus illustres; votre atlabilité, Saint-Père, votre bonté, votre fidélité dans l'amitié, qui vous a fait de tendres amis de ceux qui sont devenus vos enfants, mes vœux, plaçaient depuis longtemps Votre Sainteté sur la chaire de Saint-Pierre. J'étais votre fille spirituelle, avant que vous fussiez le père commun des fidèles. Aussi l'exaltation de Votre Sain-

I. Sur lamilié de Benoît XIV el de Mme de Tencin. cf. plus liaut, chapitre V, p. 19.S-l!t8.

teté n'a-t-elle produit en moi aucun sentiment nouveau que je puisse remettre à vos pieds; mais le précieux don qu'elle m'a fait m'a donné de nouveaux besoins. Il me faudrait, Saint-Père, des indulgences particulières, pour effacer le reste de l'org-ueil dont je ne puis me défendre, depuis que j'ai été honorée du présent de Votre Sainteté.

21. Lettre à lord CUesterfield, du 22 octobre 1742, dans les Miscellaneous Works de Chesterfield [90 bis], II, 41-5.

Paris, ce 22 octobre 4742.

Je voudrais, mylord, que vous eussiez été témoin de la réception de votre lettre*. Elle me fut remise par Mr. de Montesquieu au milieu de la société que vous connaissez. Ce que vous médites de flatteur m'empêcha quelques momehs de la montrer, mais l'amour-propre trouve toujours le moyen d'avoir son compte. Le mien me sug-g'éra quec'étoit une injustice de vous ravir, sous prétexte de modestie, des louang-es dig-nes de vous.

La lettre fut donc lue, et ne le fut pas pour une fois. Il faut vous l'avouer, l'effet qu'elle produisit fut bien diiïérent de celui que j'attendois: Ce mylord se moque de nous, s'écria Mr. de Fontenelle qui fut suivi des autres, d'écrire en notre lang-ue, mieux et plus correctement que nous. Qu'il se contente, s'il lui plaît, d'être le premier homme de sa nation, d'avoir les lumières et la profondeur de génie qui la caractérisent; et qu'il ne vienne point encore s'emparer de nosg-râces et de nos g'entillesses.

1. C'était une lettre d'introduction pour Mme Cleland auprès de Mme de Tencin. On trouvera cette lettre plus haut, cliap. V, p. 190-4.

Les plaintes et les murmures de l'assemblée dureraient encore, si, après avoir convenu bien franchement de vos torts, je ne m'étois avisée de rappeler les agrémens et la douceur de votre commerce. Qu'il nous revienne donc, dirent-ils tous à la fois, nous lui passerons alors d'avoir plus d'esprit que nous.

J'ai un frère qui est tout à fait de cet avis; il m'a chargée expressément de vous dire, mylord, que s'il avait été ici, il aurait pris sa part de l'honneur que vous me faisiez de venir chez moi. Je n'eus qu'hier celui de voir Mme de Gleland '. Je meurs de peur qu'à force de vouloir bien faire, je n'aye fait tout de travers: c'est votre faute, mylord; pourquoi me donnez-vous à soutenir l'opinion trop avantageuse que vous avez prise de moi, auprès d'une des femmes de toute l'Angleterre la plus aimable, et, à ce que vous me mandez vous-même la plus éclairée? Je lui ai fait part d'un château en Espagne que je bâtis pour vous, qui ne seroit point si château en Espagne, si vous vouliez. En cas qu'il réussit, j'espère que nous y ajouterons un appartement pour Mme de Cleland.

J'ai chargé mon mari- de vous faire souvenir quelquefois de moi ; ne voulez-vous pas bien, mylord, que je prenne la liberté de vous charger à votre tour de ma

1. Il est probable que cette Mme Cleland était la veuve de William Cleland, ami écossais de Pope, et qui venait de mourir en 1741.

2. On a vu plus haut, chap. I, p. 26, que Mme de Tencin s'appelait elle-même « la femme de Schaub »; il me paraît donc vraisemblable que ce doit être lui qu'elle désigne. Chesterfield et Schaub étaient en effet très liés, « exlremely intimate » : cf. .M. -Maty, Memoh-s of Lord Chesterfield, en tète de son édition des Miscell'aneous Works [90 bis], l, 188-9.

tendresse pour lui? Il seroit ma caution, mais j'aurois bien perdu mon tems si j'en avois besoin, et si vous n'étiez pas bien persuadé des sentimens qui m'attachent à vous, et du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Mylord,

Votre très humble et obéissante servante, De Tencin*.

C'est une g-loire pour la lang-ue Françoise, qu'un seig'neur Ang-lois ait pris la peine de l'apprendre aussi parfaitement queje vois que vous la savez, mylord; mais trouvez bon que je vous donne un petit avis à l'oreille. Prenez g-arde, s'il vous plaît, de ne vous point trop attirer la jalousie des auteurs François; pour moi, qui aspire à avoir un peu de raison, je suis encore, et serai toujours, avec tout le respect possible, Mylord,

Votre, etc.

Page 1