MADAME DT3 TENCIN
g-org-é » eût beau protester de son désintéressement et de ses vues toutes spirituelles ', l'opinion publique resta scandalisée, et ne vit dans cette conversion qu'un trafic. Groyons-en pourtant le convertisseur, admettons qu'avec des mains nettes il ait écarté la pluie d'or, — elle retomba sur sa sœur. Deux mois et six jours après que l'auteur du « Système » eût abjuré entre les mains de l'abbé, le 28 novembre 1719, Mme de Tencin, qui sentait revivre en elle quelque chose de son aïeul le banquier Guérin, ouvrait rue Quincampoix un comptoir d'ag-io. Nous avons encore l'acte constitutif delà société en commandite qu'elle parvint à réunir autour d'elle, et où elle avait fait entrer frère, sœur, cousin, amis et amant, sans oublier un « secrétaire de M. le Garde des Sceaux », pour être toujours en règle avec la justice -. C'est chez Mme de Tencin que la compagnie a son sièg-e social^; et, dans le respectable capital eng-ag-é,
1. « Je ne suis pas ému par la crainte (|ue l'on nous soupçonne (lavoir fait des gains immenses. C'est assez souffrir de la sottise de ne les avoir pas faits » (Lettre à sa siKur de mai 1723 [49], 331). — « Si je suis coupable du Système, je le suis avec ceux-là môme ([ui gouvernent. Je veux qu'on croie que j'en ai prolité ainsi que bien d'autres, mes amis savent le contraire». (A sa sœur, décembre 1723 [49], 334).
2. Voici la liste des associés [46], 18 : « Dame Angélique de POriol ; dame Alexandrine de Tencin : messire François de Tencin, président au Parlement de Grenoble : messire Charles, abbé de Mongontier; messire Antoine de La Mésangère ; messire Louis Camus Deslouches, maréchal de camp des armées du Roy; messire N. de la Colombière, conseiller au Parlement de Grenoble; messire G. J. François Hénault, président au Parlement de Paris; messire François Duché, escuyer, seigneur de La Motte ; messire Louis de Grangemont; M. Jean-Baptiste de Chabert, bourgeois de Paris; M. Du Pin, secrétaire de M. le Garde des sceaux ».
3. Articles, p. 22 : « L'original de la présente société estant porté
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;? 150852 livres, c'est elle, la cadette, la relig-ieuse évadée, qui fournit le plus gros apport, près de 700 000 livres', récompense et bilan de tout un passé. Les associés, dit l'article 3 de l'acte constitutif, « seront oblig'és de remettr*e leurs fonds » entre les mains du caissier « ce jour ving-t-huitième courant à quatre heures précises pour tout délai... lesquels fonds seront employés ce même jour autant que faire se [)Ourra ». Les associés sont fiévreux, ils veulent le soir même, tenir la fortune dans leurs mains. Est-il imprudent de reconnaître ici la poussée de Mme de Tencin, toujours ardente quand il s'ag-it de conquérir?
Ce n'est pas, d'ailleurs, la seule entreprise financière où cette femme, désireuse de posséder, et déposséder pour dominer, ait eng-ag"é son arguent et ses rêves. La protection du cardinal Dubois, la complaisance du lieutenant de police d'Arg-enson l'ont plus d'une fois servie en des moments difficiles. Sa vie en apparence est alors tout amoureuse, mais les affaires, les intrig'ues, les marchés en font la trame : « Je vous prie, mon cher petit, écrit-elle à d'Arg-enson le 4 Juillet 1723, de vouloir vous adoucir pour les sieurs Besson et Vernet. Une personne pour qui je m'intéresse m'a demandé d'écrire en leur faveur. J'espère que vous voudrez bien, à ma prière, ne leur être pas contraire^ ». Les sieurs
sur un livre, il restera, signé de tous les intéressés, entre les mains (le Mme de Tencin, l'une de nous, sur lequel livre les délibérations nouvelles, que la compagnie jugera à propos de faire, seront portées et suivies exactement ».
1. Exactement 691 879 livres, Mme de Ferriol n'en apporte que -'08 220, et le Président de Tencin 337 205 (article 2, p. 19).