Tencin à Dubois, dépêche du 24 mai
le pauvre pape aurait-il pu résister aux arguments de -on ancien conclaviste? Le 15 Juillet 1721, il se résiç;nait à faire de Dubois un cardinal. Quatre jours plus tôt Dubois, encore incertain sur son sort, avait écrit à l'abbé : « Je suis extrêmement sensible aux marques iTamitié que vous me donnez, et je voudrais cesser 'l'être aussi décontenancé et aussi garrotté que je le suis pour lever l'étendard de la reconnaissance ' ». Le triomphe obtenu, « l'étendard » fut levé; et, tandis que le cardinal de Rôhan, sa mission terminée, quittait Rome, Tencin y restait comme chargé d'affaires, en remplacement du jésuite Laffilau, évoque de Sisteron, dont les « turpitudes sans nombre » avaient mérité une éclatante disgrâce,... àce que prétendait, du moins, son vertueux successeur- : « Vous reconnaîtrez enfin, lui écrivait Dubois en lui envoyant ses lettres de créance, que je ne vous ai pas donné un mauvais conseil, quand je vous ai invité d'aller à Rome, et que mon principal objet n'était pas d'y recevoir des marques utiles de votre amitié, mais de vous en donner d'authentiques de mon estime et de ma gratitude ' ».
Il est grand dommage qu'à l'exception d'un court billet*, les lettres de Mme de Tencin à son frère durant ces années romaines soient aujourd'hui perdues. H nous reste heureusement, pour y suppléer, les lettres du frère à la sœur, celles de tous deux à Dubois, et les réponses de celui-ci. Le représentant de Sa Majesté
1. Dubois à Tencin, dépoclie du 11 juillet 1721 [171], 52. -. Tencin à sa sœur, lettre d'avril 1723 [49], 319. '^. Dépèche du 6 novembre 1721 [171], 65. 4. Cf. Appendices, lettre n" 16.
très Chrétienne auprès du Sainl-Sièg'e ne tomba pas à Rome dans ce qu'il appelait « le tic de la dévotion ' » ; il se contenta d'adapter à l'italienne la vie qu'il menait à Paris. Il faisait merveille à la cour pontificale: « En vérité, écrivait-il à sa sœur, je puis dire que j'ai le vol de ces messieurs-là,.. Il est vrai que j'ai un talent pour leur dire des douceurs avec un air de candeur et de vérité auquel je sens moi-même qu'il est très difficile de résister^ ». Presque tous les jours, on le trouvait chez le « Roi d'Ang-leterre », causant tête-à-tête avecla (c Reine ^ », travaillant déjà pour son chapeau près du trop naïf Prétendant*. Il donnait à dîner aux « meilleures têtes » des monsignori ; et, comme s'il avait pressenti l'avenir, il se liait d'étroite amitié avec le futur Benoît XIV, Prosper Lambertini, a un prélat du premier ordre », disait-il, qui « pense très modérément sur les all'aires de relig-ion », et « qui est le meilleur comique qui soit au monde ^ ». Le soir, en Romain bien acclimaté, il allait au rosaire, puis restait à souper dans des maisons amies, à voir jouer et danser, à recueillir les anecdotes scandaleuses qui divertiraient sa sœur''. Parfois même, il se détendait davantage: