Mathieu Marais [66 B], II F
52 MADAME DE TENGIN. j
commandant à son domestique de lui tenir prêt son dîner, pour le cas où il rentrerait'. Il s'en fut chez Mme de Tencin. Elle élaitsouflrante. Autour de son lit, sa sœur, la comtesse de Orolée, son neveu, le chevalier de Tencin, un docteur de Sorbonne, et un chanoine d'Embrun, l'abbé Michel, faisaient cercle^. Il s'assit, recommença ses habituelles lamentations, puis resta taciturne et pensif. Quelques minutes plus tard, il se lève, l'air égaré, les yeux mornes, passe dans un cabinet voisin sous prétexte d'y écrire une lettre. On entend une détonation; on accourt : il râlait sur un sofa, le pistolet à la main.
L'archevêque d'Embrun log-eait dans la maison. Vite il descendit à la porte cochère, et la ferma : le voilà pour le reste du jour concierg-e de l'hôtel, et les domestiques ne pourront jaser dans le quartier^. D'Arg-cntal, conseiller au Parlement, mandé par son oncle, arriva au conseil de famille*. Ce mort était g'ênant. Avant tout il fallait s'en débarrasser, et sans bruit. En hâte, on consulte un avocat de renom, et le Grand Conseil est prévenu. Son Premier Président, son Procureur général, une commission composée des doyens du corps, se transportent sur l'heure à la Porte Saint- Monoré. Anéantie par l'émotion et par la fièvre, la dame de Tencin ne peut recevoir la Cour, mais celle-ci se montre accommodante : son procureur accepte de