Rapport do police du 7 avril
2. LfUre du sieur Bradchet [59] ; Mathieu Marais, lettres à Boiihier des 12 et 14 avril 1720 [G6 B] III, 408-!).
o. Histoire de la procédure de Mme de Tencin [60], 60. 4. Lettre du sieur Bradchet [59].
AFFAIRES D ARGENT, n AMOUR ET D [CGLISE. 53
recevoir rallaire, connme si le Grand Conseil était directement intéressé par la mort d'un de ses membres. La cour s'installe donc en séance improvisée, fait requérir le chirurg-ien, le curé, les fossoyeurs. Les conseillers enreg-istrent les dépositions, délibèrent, rédigent des procès-verbaux de constat, le tout presque à jeun. Le curé arriva; malgré les instances de l'archevêque d'Embrun, craig-nant davantage celui de Paris, il refusa d'enterrer son paroissien. II lui faut un arrêt de la Cour pour mettre sa conscience en sûreté; et c'est à minuit seulement que par l'huissier du Grand Conseil il reçoit l'injonction d'inhumer le suicidé. Pendant qu'on enterre à Saint-Roch le pauvre géant mal empaqueté dans une grande bière faite exprès, la Cour s'en va réveiller Persoonk, domestique du défunt, lui apprend la mort de son maître, et pose des scellés partout. Il était deux heures du matin, et c'était dimanche. La Cour s'en fut se reposer *.
Mais La Fresnais s'était réservé une vengeance posthume. Le lendemain tout étonné d'accomplir si tôt sa mission, M. de Sacy va déposer le testament chez un notaire et remettre le second paquet aux commissaires du Grand Conseil. En présence du lieutenant civil, le testament est ouvert. C'était le plus perfide et le plus brutal réquisitoire contre Mme de Tencin. Tout le passé de sa maîtresse y était révélé et sali. Elle l'avait ruiné, disait le mort, ou plutôt effrontément volé ; elle voulait l'assassiner; elle avait fait du reste tout ce qu'elle avait
4. Histoire de la procédure, etc. [60], Cl-2 ; rapport de police des 7 et 8 avril [oiij, 2i;î-.i; Matiiieu Marais, lettres à Bouhier des 12 et i'i avril [GC BJ, III, 406-411.
54 MADAME DE TENCLN'.
pu pour en assassinerd autres, M. de Noce par exemple; c'était une coquine, qui couchait avec tout le njonde, qu'il fallait séquestrer au plus vite dans un couvent, et dont il appartenait à la justice de faire cesser la vie infâme.
La justice vint. Le soi-disant testament, n'étantqu'une dénonciation, avaitpassé au grelfe criminel du Châtelct. Celui-ci, tout heureux défaire sentir sa puissance aune Cour supérieure, alfecta d'ignorer la procédure et les arrêts du Grand Conseil. Déjà le dimanche soir, un petit fonctionnaire du Ghâtelet, le commissaire du quartier, était venu chez Mme de Tencin,. recueillir les premières informations et la déposition des domestiques. De là, il s'était rendu au domicile de La Fresnais, avec le procureur et le lieutenant criminel, et, en leur présence, avait « contrescellé » sur les scellés posés le matin'.
Le Grand Conseil pourtant continuait son enquête, et, dès le lundi, avait désigné « un curateur à la mémoire du mort^ ». Le même jour, s'étant transporté chez le défunt, pour y lever les scellés, il trouve ceux du Châtelet « croisés » sur les siens, et décide de passer outre. Le procureur du Roi au Châtelet fait opposition à l'arrêt, et demande des ordres à Versailles. Le ministre répond que « l'intention de Son Altesse Sérénissime estde laisser lajusticesuivre son cours ordinaire ». C'était le triomphe du Châtelet''.
Les instructions de Versailles étaient arrivées le
1. Rapport de police du 7 avril, huit iicures du soir [53], 213.