Lettre du 27 juillet
Fleury s'était vite ravisé ; sa vieillesse avait besoin de la distraction du pouvoir. Sans même attendre la réponse de Tencin, il lui expédia un autre courrier : « L'affaire dont j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Éminence est suspendue pour un temps. Je n'en ai point parié ; j'aurai l'honneur de vous en dire les raisons une autre fois « '. Il ne les lui dit jamais ; mais quelques jours plus tard, il lui oflrait au conseil du Roi une place de ministre sans département : « Cette place, disait Fleury, n'eng-ag-era Votre Éminence à autre chose qu'à dire son avis » *. Le 27 août 1742, Tencin était nommé ministre d'État. Le pubUc le vit aussitôt premier ministre. Fleury avait quatre-vingt-dix ans, baissait tous les jours, et très vite ; un cardinal succéderait à un cardinal : c'était dans la tradition française. Mais le public se reg-imbait, en voyant « revenir de Rome »
ce cardinal si mal famé,
si connu pour un méchant homme,
cel escroc, col agioteur,
cet amant de sa propre sœur 3.
Les chansons pullulèrent, et leur bourdonnement dut aller jusqu'à Lyon faire tinter les oreilles du nouveau ministre. Quelques-uns de leurs couplets, hâtivement et audacieusement éclos, sont « trop vifs * » pour trouver place ici. On y maudissait le frère, on y redoutait surtout la sœur, « le démon familier », qui faisait toute sa fortune ° :
\. Lettre du 30 juillet 1742 [171], 293-4.