‹ Madame de TencinChapitre 74 sur 200 · D'Argenson, Journal [84], IV, 4o · texte numérisé non relu

D'Argenson, Journal [84], IV, 4o

4. Soulavie est l'éditeur des lettres de Mme de Tencin. Sur remploi de ce jargon et sur la valeur des ciels de Soulavie, cl', plus loin, chap. VI, p. 222-4 et Appendices, II, n° 2. Dans une lettre du 3 janvier 1743 [2], 37, Mme de Tencin écrit à Richelieu : « Je ne donne plus de commissions à la Guimbarde; il est maintenant au service du contrôleur général. J'ai besoin de vous pour gouverner cette tête » ; il n'est pas sur qu'ici la Guimbarde désigne le Roi.

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remords du Roi : « Le cardinal (c'est Fleury), écrit-elle au duc le 5 novembre, deux jours après le renvoi de la Mailly, vous accuse d'avoir mené Tintrig-ue, et en parait très courroucé. Les deux sœurs, à la face du public, le font frémir et tous les dévots. Je me suis ég"Osillée ce matin avec la Guimbarde (c'est le Roi qui serait désigné sous ce nom peu galant) pour lui prouver que le mal était beaucoup moindre qu'un double adultère (Mme de Mailly avait un mari ; Mme de la Tournelle, étant veuve, l'adultère était « simple »); que je ne savais pas, d'ailleurs, pourquoi le cardinal était fâché contre vous dans la supposition que vous aviez fait à sa liaison nouvelle, que la renvoyée était livrée à tous ceux qu'il n'aimait pas;.... que, si vous aviez quelque crédit sur l'esprit de cette rivale, vous n'en feriez usage que pour servir le cardinal et pour appuyer ses projets : enfin, j'ai dit tout ce que j'ai pu de mieux et de plus fort. Je recommencerai demain pour remplir la tête de cette Guimbarde de ce que je veux qu'elle dise mercredi qu'elle verra le cardinal. Elle croit que la délaissée l'aimait passionnément et qu'elle l'aurait g-ouvernée. Voilà comme ce qu'on imagine pour le mieux produit un edet tout contraire. Vous seriez-vous attendu, quand vous vous êtes donné tant de peine pour les faire se voir, que leur liaison deviendrait un écueil? Si vous étiez ici vous persuaderiez la Guimbarde, et vous la feriez parler comme vous voudriez; mais vous savez que je n'ai pas le même pouvoir sur son esprit. Si vous ne devez pas venir bientôt, je pense qu'il faudrait mécrire une lettre que je puisse lui montrer. Vous me diriez que vous savez qu'on tâche à vous rendre de

mauvais offices auprès du cardinal, mais que vous chargez la Guimbarde d'être votre caution ; qu'elle connaît vos sentiments, qui ne changeront jamais. Vous ajouteriez ce que vous jugerez convenable. Si vous revenez bientôt, je vous conseille d'attendre votre retour; nous concerterons ce qu'il conviendra défaire. Il est certain qu'il ne faut pas que vous vous brouilliez avec le cardinal : il peut nous faire mille petits chag^rins, surtout étant continuellement poussé et animé par ses ministres. M. de Maurepas, qui se flatte aisément, croyait que la Mailly se raccommoderait, et vous perdrait. On voulait aussi donner une petite fille, et que la Mailly restât avec les honneurs et les apparences de la faveur. Je sais positivement qu'on a cherché cette fille; on avait môme jeté les yeux sur la Gaussin, mais on a craint pour sa santé. Comme l'allaire parait présentement décidée, je ne sais quel manèg-e ils feront pour se mettre bien avec la régnante, et pour vous y mettre mal. Comptez qu'ils se serviront de tous moyens : cela fait trembler, car la tète d'une femme est une étrang'e girouette... Votre présence n'a jamais été plus nécessaire à la Cour, et pour vous, et pour vos amis ». Le duc revint dix jours plus tard, et acheva la victoire. Il la voulait brillante, intégrale, fastueuse ; elle le fut : Mme de la Tournelle, déclarée officiellement maîtresse, eut tous les honneurs d'une Montespan ; et, le soir du 10 décembre, le duc de Richelieu, partant pour le Languedoc, où il était lieutenant-général, pouvait s"endoi'mir satisfait dans sa confortable « dormeuse ».

Mme deTencin était moins satisfaite. Son frère semblait triompher avec la favorite ; mais du triomphe, il

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n'avait que l'apparence; et ce n'était pas près de lui que le Roi venait quérir une absolution, malg-ré le conseil des chansonniers impertinents :

Grand Roi, que vous avez d'esprit, d'avoir renvoyé la Mailly !

Quelle haridelle aviez-vous là!

Alléluia.

Vous serez cent fois mieux monté sur la Tournelle que vous prenez :

tout le monde vous le dira, Alléluia.

Si la canaille ose crier de voir trois sœurs se relayer, au grand Tencin renvoyez-la, Alléluia.

Le Saint-Père lui a fait don d'indulgence à discrétion pour effacer ce péché là.

Alléluia '.

Le Roi n'avait nulle envie de sa confier « au grand Tencin >> . 11 devinait toutes les ambitions qui se cachaient derrière ce nouveau venu dans le conseil ; et cette hâte de parvenir suffisait àl'éloig-ncr (33) ^ Et puis, il se sentait embarrassé devant le cardinal, et le cardinal davantage encore devant le Roi (156-8,231). Ces deux timides se g'ênaieiit mutuellement, et n'osaient s'adresser la parole en public: « J'avoue à Votre Majesté, écrivait

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