Chanson de 174^ [88 A
2. Les numéros qui se trouvent, entre parenthèses, dans le texte ou, s^ans autre référence, dans les notes de ce chapitre, indiijuent les pages de la Correspondance de Mme de Tencin pendant les années 1742 à 1744 [2], et renvoient aux lettres dont il a paru inulilo de donner la date plus précise.
un jour Tencin à Louis XV, que sa présence m'impose encore à un point que je ne fais que balbutier devant elle' ». Mme de Tencin s'en désolait; elle aurait voulu des tèle-à-tète intimes et confiants : « Voici une idée qui m'est venue, que je mets dans votre tête, écrit-elle à Richelieu : Je voudrais que vous tâchassiez de faire tenir conseil à Choisy. Comme mon frère n'y a point été, le Roi lui montrerait les jardins ; ils auraient le temps de se parler. C'est peut-être le moyen que nous cherchons depuis si long-temps que mon frère puisse parler» (27-8). Mais le Roi se dérobait à tout entretien, et continuait h traiter le cardinal « très sérieusement V (.33). Sans se rebuter, Mme de Tencin trouvait de nouveaux expédients. Puisque son frère ne savait parler, il lirait, il écrirait. Gomme jadis à Rome et à Embrun, elle donnerait un souffleur permanent à cet acteur décontenancé. Elle lui trouva dans son salon un nouveau La Motte. Ce fut le jeune abbé de Mably, leur cousin. 11 avait fait un Parallèle des Romains et des /^ra/jftt/s et jug-eait les alTaires d'État avec «profondeur». 11 accepta d'initier Tencin à la haute politique. Les notes d'introduction g-énérale, qu'il écrivit alors pour son u éminent» élève, sont devenues plus tard le Traite du droit public d Europe. Remercions donc le cardinal. Mably faisait plus encore. Il dépouillait le courrier diplomatique, et rédig-eait des mémoires spéciaux^. Tencin les lisait au Conseil ou en faisait des lettres pour le Roi. Le Conseil écoutait ou semblait écouter; le Roi
1. LcUre de juillet 1743, llii ; cf. encore Tencin à Richelieu, lettre du 29 août 1743, 168.
:2. Lcvcsque, Éloge de l'abbé de Mnbli/ [128], 7-11.
ne répondait pas ou répondait de travers (62, 137, etc.). La courtoisie du Conseil était sans conséquence. Divisés entre eux, les ministres se serraient les uns contre les autres, pour écarter Tencin « du g-rand objet ' ». Orry, le contrôleur général, « qui a l'air de la bonne tête », d'un financier très appliqué et très scrupuleux, a des ambitions sans mesure : « il marche sous terre depuis un temps infini, et sans qu'on s'en aperçoive » ; il est peut-être « le plus à craindre» (19-20). — Amelot, ministre des Affaires étrangères, se montre déférent pour Tencin, et paraît le consulter^, mais c'est un médiocre, qui n'entend rien à sa besogne : les Cours européennes ne veulent point négocier avec lui; il n'a, d'ailleurs, nulle envie de céder sa place à un autre (127-8). — D'Argenson, ministre de la guerre, n'est plus le « cher petit » lieutenant de police, qui avait des complaisances pour les amis tarés de Mme de Tencin*. En dépit de sa « cordiahté extérieure » il n'est pas sûr: « il veut voler de ses propres ailes et croit n'avoir plus besoin de personne » ; il a des maîtresses qui bavardent et qui le conseillent mal; il peut devenir très dang-ereux (95, 158). — Maurepas, qui est le factotum du ministère, et qui tient sous sa dépendance, le clergé, la marine, les colonies et la maison du Roi, est en franche hostilité avec les Tencin. Il tenait ferme pour
i. « Maurepas a dit à Marville qu'on pouvait lui donner quel successeur on voudrait, pourvu que ce ne lut pas le cardinal de Tencin >- (51) ; « tout ce qui veut gouverner, et qui craint dètre vu de trop près, a une frayeur de mon frère qui n'est pas concevable » (364).